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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

Les hommes n’auraient jamais autant communiqué et appris. A l’ère du story-telling chacun se pique d’alimenter le grand récit. Les leaders aiguisent leur façon de raconter des histoires pour engager les équipes et les foules plus avant dans leur vision. Mais, à force d’annoncer des futurs qui chantent déliés des réalités quotidiennes, la force des mots s’essouffle. Les éducateurs, formateurs, consultants et coachs sont pris à parti et l’emprise de leurs discours s’émousse. L’apprentissage piloté par un autre que celui qui apprend est suspecté de partialité à des intérêts tiers. C’est pourquoi une forme d’éducation silencieuse mérite d’être explorée dans le tohu-bohu et le fracas du monde et de ses phrases creuses.

Quatre perspectives sont ici envisagées. La première réhabilite l’observation de ce qui nous entoure. Il s’agit de porter un regard sur le monde sans apriori. Tout commence par l’écoute de soi. Les sensations diffuses, les émotions et les signaux internes en lien avec des événements et des situations mettent à l’épreuve la tradition des 5 sens. A côté des sens du toucher, du gout, de l’odorat, de l’ouïe et de la vue la proprioception prend sa place. L’attention à son monde intérieur révèle le monde tout court. La tradition  zen nous enseigne le vide intérieur, le détachement et l’excellence.

La deuxième perspective s’intéresse à l’éducation non verbale. On connait la communication non verbale mais sait-on que toute communication produit une différence, et que toute différence peut prendre un sens qui nous instruit ? Cette éducation concerne le regard de l’autre porté sur soi. Ce simple regard habilite, protège, encourage ou détruit…. Mais, il est aussi regard de soi sur l’autre pris en modèle ou en contre-exemple. Cette éducation est une empreinte, une imitation, un dialogue intérieur. Il s’applique aux agissements d’autrui. Capter une qualité d’être, la perfection d’un geste, la beauté d’une action enseigne la subtilité des formes plus surement qu’un énoncé ou qu’une démonstration théorique. L’exposition à une situation chargée d’émotion porte en elle une humanité se partageant en silence.

La troisième perspective  pointe l’importance des matériaux et des systèmes d’objets dont sont tissées les relations sociales. Les objets se posent et s’interposent. La matière résiste à nos envies et conduit à discipliner nos désirs. J’apprends à faire différemment parce que le concret me résiste. Je suis tenu de m’adapter, de trouver des voies nouvelles de solutionner mon problème. 

La quatrième perspective révèle l’éducation par les habitudes se reproduisant, par l’obéissance à des rituels « allant de soi ». La théorie de la forme nous enseigne que nous occupons une place dans un ensemble plus vaste. Percevoir les formes dont nous faisons parties nous permet de mieux appréhender  les interactions et les enchaînements. Sans mot il s’agit de percevoir et ressentir des appartenances à une forme plus grande que soi, un groupe, une culture simplement en s’y confrontant, en y baignant.

Bien sûr cette éducation silencieuse se déroule sans professeur. Cependant elle pourrait faire l’objet d’un apprentissage. Apprendre à apprendre des silences et de leurs différentes qualités donnerait à chacun plus d’espace pour penser par lui-même. Le silence est un puissant maître. Selon le moment où il survient le silence révèle et enseigne. Il laisse la place et le temps à la pensée pour se construire et se déployer. Un monde trop bruyant est un monde où l’on ne saurait penser des idées calmes.

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