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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

Nobert Alter est professeur à l’université Paris Dauphine, mais également spécialiste de la sociologie des organisations.  Il a déjà produit une dizaine d’ouvrages marquants, notamment sur l’innovation ou le monde du travail. Ce nouveau texte s’intéresse à un sujet essentiel : comment ceux qui n’auraient pas dû réussir parce que stigmatisés par leurs différences deviennent malgré tout des dirigeants. L’ouvrage est un éloge des parcours atypiques et de ceux qui les vivent. Alter montre comment les stigmates sont des leviers et pas seulement des handicaps. La thèse de « l’étranger » entre deux mondes témoigne d’expériences sociales originales. Ces expériences autorisent des regards décalés, des prises de risques, la création de réseaux et de connivences, toutes activités pertinentes pour réussir une carrière ou réussir dans les affaires. Pour avancer sur cette thèse l’auteur a mené une soixantaine d’entretiens d’environ deux heures avec des dirigeants atypiques.

Le premier chapitre met à jour les fonctions de la stigmatisation. Que cette stigmatisation soit le fait du fait d’être une femme, un handicapé, un homosexuel, un enfant d’immigré ou encore un autodidacte. Les stigmatisés sont en butte à des croyances, des évitements, des méfiances, voire des violences. La construction de soi sur la différence assumée est un travail. La stigmatisation est parfois intériorisée, des socialisations secondaires opèrent, « les différents se regroupent entre eux ».

Le deuxième chapitre précise le regard de l’étranger. Etre étranger offre la liberté de se distancier, d’être extérieur à la situation, de faire preuve d’exploration et de découverte.  Etre étranger permet d’être insatiablement curieux et plus attentif. Alter utilise pour décrire cette façon d’observer et d’apprendre de ses observations l’expression « s’entreprendre ».

Le troisième chapitre expose comment les compensations opèrent et conduisent à plus d’efforts qu’attendus, une efficacité anormale et une culture de l’épreuve et du risque pour conjurer le péril. Cette forme de compensation devient une valeur clé des patrons atypiques et finit par faire partie de l’éthique professionnelle de ces dirigeants, d’une réalisation d’une vocation. Les patrons atypiques inversent ainsi leur destin et la logique dominante des organisations et de leurs élites.

Le quatrième chapitre s’intéresse aux modes de communication. L’auteur perçoit des spécificités dans la manière de dire les choses, de se départir des conventions, de jouer de l’humour, de faire preuve d’empathie, mais aussi d’imprévisibilité. Finalement il décrit des patrons atypiques plus sociables que socialisés.

Le cinquième chapitre explicite une thèse chère à l’auteur. L’idée de recevoir et de donner, de prendre et de perdre. Cette idée des échanges dans lesquels baignent en permanence les patrons atypiques font de ceux-ci des passeurs entre univers qui n’auraient pas forcément eu de liens entre eux.

Le sixième chapitre montre qu’une ressource des patrons atypiques est d’être soi. Alter observe tout le rôle de la réflexivité dans l’action et la construction de soi. Les qualités de résilience offre à chacun le sens d’une continuité, une meilleure maîtrise de soi et de sa stigmatisation.

L’ouvrage va au-delà de la critique de la reproduction à la façon de Bourdieu et montre concrètement comment les parcours singuliers apportent quelque chose de plus aux organisations. Il milite sur le fait que ce qui est important c’est que la différence finisse par s’imposer non pas simplement dans les discours mais dans les fins.

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