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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 


 

La société managériale : essai sur les nanotechnologies de l'économique et du socialLe seul choix de l’éditeur en dit long sur le contenu de ce petit ouvrage corrosif : « Editions la ville brûle ». Il ne s’agit pas là d’un pamphlet supplémentaire commis par quelques éminents sociologues en mal de reconnaissance ou de critique sociale, mais d’une analyse des conséquences insidieuses de la managéralisation en cours. L’ouvrage est d’autant plus fondé qu’il est le fait de deux professeurs de management  Anne et Eric Pezet, exerçant respectivement à l’université de Paris Dauphine et Paris Ouest Nanterre. Les deux sont peut être des représentants d’un courant critique français  du management et cherchent à rallier autour de groupes de recherche, des théoriciens et des praticiens qui développent de nouvelles idées. Le groupe CriM (Critique et management)[1] et le Paris Research in Norms, Management and Law (Primal) s’inscrivent dans cette veine. Ce qu’apporte cet ouvrage, c’est la démonstration qu’une somme de procédés managériaux perçus comme anodin lorsqu’ils sont mis bout à bout produisent des effets macro-économique. Ce que signifie  l’expression « nanotechnologies de l’économique et du social » pourrait décrire comment  une multiplicité d’usages de gestion présentés comme neutre obéissent en réalité à une dimension idéologique, d’autant moins contestable qu’elle ne s’affiche jamais directement ainsi. Pour étayer leurs démonstrations les auteurs utilisent des exemples simples connus de tous les managers et utilisés massivement dans des grands pays comme les USA, l’Allemagne, l’Angleterre ou la France. Il en est ainsi de  mécanismes de décision financière tels que le Taux Interne de Rentabilité (TIR), le délai de récupération (payback) ou  la Valeur Actualisée Nette (VAN). La critique portant sur la VAN porte sur les grosses approximations que génère un tel calcul combinant Cash Flow (CF), taux d’intérêt (i), durée de vie de l’investissement (n) et  investissement (I). Présenté comme un calcul rationnel[2], il dissimulerait en fait de grosses approximations quant à la durée réelle de la vie d’un bien, quant à la réalité de son utilisation effective, quant au choix final de décision de telle ou telle opération. L’exploitation de telles méthodes contribuerait finalement à se concentrer sur les seuls choix mesurables et d’éliminer tous les autres. En fait nombre d’outils de gestion stériliseraient la créativité, l’innovation et donc la croissance. Mais mise en réseau et prise dans un système d’acteurs qui les développent finalement personne ne peut contredire l’apparence de neutralité des outils et des techniques managériales. La contestation est même immédiatement qualifiée d’irrationnelle. Si les auteurs ne contestent pas la managérialisation en cours et son efficacité, ils en appellent cependant à remettre dans le débat public auquel elles échappent, des méthodes et des pratiques qui accumulées les unes aux autres forment des normes invisibles auxquels nul ne peut se soustraire. Ce débat est d’autant plus important que ces normes ont une incidence immédiate et concrète sur la vie de tout un chacun au travail.



[1] http://critique-management.org et www.u-paris10.fr/primal

[2] VAN (∑ [CF/(1+i)]²]-I)

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