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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

Il est certainement utile de rappeler que la FNEGE (Fédération Nationale pour la Gestion des Entreprises) a  été créée en 1968 avec l’aide des pouvoirs publics pour développer en France un véritable enseignement de la gestion dispensé tant dans les universités que dans les écoles supérieures de commerce. Plus de 1500 enseignants ont bénéficié de son appui pour se former en France ou à l’étranger. C’est donc tout naturellement que l’idée de publier des livres s’est développée. Cet ouvrage s’inscrit donc dans la volonté de promouvoir les meilleures contributions aux sciences de gestion. Albert David, Armand Hatchuel et Romain Laufer sont tous trois professeurs et chercheurs en management. Ils font de ce livre le projet de poser les bases d’une nouvelle fondation pour les sciences du management, afin de doter les chercheurs en gestion d’approches autonomes, dépassant le seul positiviste, réconciliant les oppositions classique entre approches interprétatives et approches compréhensives et répondant enfin à des controverses du type « les mauvaises théories de management détruiraient les bonnes pratiques de management ». Huit chapitre viennent étayer le propos. Le premier chapitre s’efforce à définir le management comme une théorie de l’action collective. Hatchuel montre comment les sciences de gestion sont progressivement passées d’un projet éducatif à un projet scientifique original. Ce développement se serait réalisé en plusieurs périodes. Après un projet éducatif et initiatique au tout début du vingtième siècle lançant les premières écoles de gestion, développant une science du commandement, et popularisant une méthode de préparation à la vie des affaires succéderait après guerre, une période de perfectionnement continu des techniques pour les cols blancs et les cadres, groupe en pleine expansion. Après 1965, les sciences de gestion apparaissent comme une collection d’instruments et de techniques. En parallèle les méthodes de recherche qualitatives se développent et favorisent l’émergence de théorie de l’apprentissage collectif. Un questionnement est posé sur l’interaction entre outils et structure. Il ressort de l’analyse que les sciences de gestion sont condamnées à mieux définir la véritable nature de leur objet car elles se sont développées sans objet central. L’auteur pose alors comme objet des phénomènes collectifs pouvant être isolés, ou l’entreprise en tant que type d’action collective. Un constat auquel il parvient est que les invariants de l’action collective doivent être reconstruit en permanence, par exemple une tâche de la théorie de l’action collective serait d’éclairer la généalogie de la  manière d’être chef. Le deuxième chapitre pointe  les institutions de management dans leur recherche de légitimité. Pour Laufer, le cadre conceptuel historiquement situé doit être socialement acceptable,  ceci n’est pas si simple compte tenu de la limite des principes et des croyances : d’un progrès économique profitant à tous du one best way, ou de la séparation du commandement et du conseil. Laufer en vient à la conclusion que gérer c’est légitimer, c’est à dire produire une argumentation susceptible de rendre le management de l’entreprise acceptable par toutes les parties prenantes. Le troisième chapitre visite les hypothèses de production de connaissance. Il s’agit ici de montrer comment les connaissances scientifiques s’élaborent au sein d’une boucle récursive par abduction, déduction et induction. Les paradigmes positivistes et constructivistes sont spécifiés, de même que le cadre épistémologique et méthodologique qui sont intégrés. Le quatrième chapitre fait l’apologie de l’indiscipline comme moyen de développement de connaissances praticables. Si cette indiscipline offre de nouvelles promesses c’est néanmoins en s’inscrivant dans un ensemble qui ne soit pas chaotique. Le cinquième chapitre explore la façon dont un concept polysémique peut être importé en gestion. Il est alors nécessaire d’interroger la complexité au sens technique, métaphorique et la complexité de systèmes incluant des acteurs humains. Le sixième chapitre nous parle des apports de la recherche opérationnelle dans l’aide à la décision. Le septième chapitre revalorise la rhétorique, son histoire, les différents niveaux de l’analyse et des processus rhétoriques. Le marketing y est dépeint comme forme particulière de la rhétorique et les perspectives ouvertes par le management par l’analyse rhétorique. Le huitième chapitre brosse 4 temps de la recherche-intervention pour le management. L’historique met particulièrement en exergue l’empreinte de quatre approches, également liées à des périodes situées socialement. L’action-research de Lewin, l’action-science d’Argyris, la science à l’aide de la décision et enfin la recherche intervention en sciences de gestion.  Si l’ouvrage ne comporte pas de conclusion, l’impression générale qui se dégage à l’issue d’une lecture est qu’il est désormais nécessaire au-delà de la visée naïve d’une transformation du monde de concilier les approches classiques analytique-interprétative à d’autres approches issues des sciences sociales, afin de dépasser l’opposition entre connaître et agir. Gageons que les incitations de nos trois professeurs vont aider des chercheurs à s’engager dans des explorations allant dans ce sens, et débouchant sur des recherches plus facilement exploitables.

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