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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

Penser « entreprise-société », sous la direction de Patrick Obertelli, L’Harmattan, 2011, 239 pages. 22 €

Cet ouvrage a été rédigé par un collectif de chercheurs, de consultants et de sociologues très sensibles à la place de l’homme dans l’entreprise et aux questions  sociales afférentes. Ils explorent  une autre façon de lier entreprise et société. Ils partent du constat que la manière fonctionnaliste  dont nous pensons l’entreprise ne permet pas de résoudre les problèmes qui s’expriment aujourd’hui. Ces problèmes se posent en matière de santé au travail, de rapports d’autorité, de relation avec les partenaires sociaux et surtout du décalage dans la façon de se vivre en tant que citoyen d’une part et salariés d’autre part. Dans un premier chapitre, Hubert Landier aborde la pluralité sociale de l’entreprise. Il montre que les organisations vécues d’en haut ou d’en bas se désolidarisent. Les audits sur les climats sociaux laissent percevoir de l’inquiétude, un écart entre une vision de la mobilité (géographique, professionnelle) voulue par les dirigeants et celle désirées par les collaborateurs. L’influence croissante du management anglo-saxon par l’importation de procédure et de modèle comptable continue de creuser les différences de perception et d’alimenter les désengagements actuels des salariés. Le deuxième chapitre remet au gout du jour l’idée d’organisations démocratiques. Il est rédigé par le même Michel Liu qui avec constance (Nous pensons essentiellement à son ouvrage Approche sociotechnique de l'organisation paru en 1983) défend l’idée d’une plus grande participation des salariés à leur travail sur la base d’enquêtes probantes réalisées dans les années 70 et 80. A la logique de l’individualisme compétitif il oppose une logique d’apprentissage démocratique. Au modèle de l’homme seul performant dans une organisation néo-taylorienne, il propose celui de l’équipe semi-autonome qui fonde sa légitimité sur le groupe, qui prend en considération l’intégralité du sujet dans sa relation au travail, qui progresse dans sa maturité organisationnelle. Cette vision de l’apprentissage collectif apparaît éminemment moderne dans une société de la connaissance. L’auteur montre néanmoins toutes les difficultés pour passer d’une culture hiérarchique à une culture démocratique. Dans le troisième chapitre, Jacques Ardoino et Patrick Obertelli développent  les incertitudes du vivant et la séduction sécurisante des modèles. Ils s’efforcent de montrer que l’entreprise est une réalité multi-référentielle qui ne peut se comprendre qu’en combinant les liens entre les groupes,  l’organisation et l’institution. Or lorsque l’entreprise n’est plus dirigée que dans une perspective fonctionnaliste, sa gouvernance perd le sens de la complexité. Le quatrième chapitre, est rédigé par Patrick Obertelli. Il  s’intéresse à l’entreprise et son ouverture à l’environnement. Il s’agit là d’apprendre à faire cohabiter dans les raisonnements, l’incertain, le flou et l’hétérogène. Selon l’auteur, ces raisonnements devraient plus être intégrés des contextes, des influences sociales. La prise de risque, et l’élaboration de pensée personnelle devraient être plus valorisées. L’apprentissage d’une telle façon de raisonner devrait se produire dès la formation initiale, en particulier des futurs ingénieurs et cadres. Dans flux et création, le dernier chapitre, Marie-Aude Caraës nous décrit le monde connexionniste qui se met en place. Une entreprise moins fonctionnalisée devrait en effet exercer une plus grande attention à la façon dot elle se lie à son environnement. A cet égard la connexion entre internet et le monde des objets, grâce aux puces électroniques n’en est qu’au tout début. Les nouvelles visions autorisées par une vision spatiale ou temporelle rapprochée offre de multitudes espaces de création porteur de nouvelles valeurs ajoutées. En conclusion, à un moment où l’on sent poindre des mouvements de contestation, d’indignation, voire même de révolte, l’idée d’offrir des perspectives alternatives à la seule vision fonctionnaliste de l’entreprise est plus que bienvenue. Les propositions contenues dans cet ouvrage forment une tentative d’appréhender l’apprentissage collectif et démocratique dans la complexité actuelle.

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