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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage poursuit l’ambition d’appréhender la façon dont des innovations pédagogiques se mettent en place au sein d’universités. L’étude menée auprès de 4 universitaires engagés  s’attache à repérer les conditions d’implantation et de développement d’innovations d’envergure dont les répercussions sont remarquables. Ces entreprises singulières de pionniers se déploient dans des  contextes technico-économiques contraints. Les récits recueillis montrent toute la fragilité d’une entreprise d’innovation et l’impact de personnalités dans ces actions de transformation. Le rôle de pédagogues convaincus se détache à l’issue d’une comparaison des parcours. Les auteurs Brigitte Albero, Monique Linard et Jean-Yves Robin sont tous trois  professeurs spécialistes du lien entre les environnements et les conduites humaines. L’originalité de l’ouvrage est en effet de montrer la conjonction entre trois variables dans le processus d’innovation à savoir : les caractéristiques techniques et ingénieriques des outils et instruments celles structurales et fonctionnelles du contexte institutionnel ou organisationnel et celles comportementales de l’activité des individus concernés. Au-delà des macro-analyses ou des vitrines technologiques cinq chapitres pénètrent et mettent en perspective « la cuisine des acteurs sur le terrain » et étayent la découverte des processus à l’œuvre. Le premier chapitre expose le choix méthodologique du récit d’innovation et ses conséquences. Cette méthode est retenue pour sa capacité à approcher l’innovation ordinaire. Le corpus d’innovateurs choisis est voulu minimal mais représentatif en termes de région, discipline d’intervention, sexe des innovateurs, et type d’universités. L’orientation de la recherche entreprise s’efforce de repérer les points communs entre caractéristiques individuelles, contextuelles et situationnelles pour repérer  les conditions optimales d’une dynamique de changement. Trois hypothèses sous tendent la recherche : la relation entre singularités observées  et le rapport à l’action, au-delà de différences individuelles l’existence d’éléments moteurs commun de l’action, l’existence de conjonctions entre dynamiques initiées localement par les universitaires et acteurs politiques et administratifs. Dans le processus d’investigation des précautions sont prises pour pallier le risque de la proximité (partage d’une même culture académique enquêteur-enquêté), de l’illusion biographique et de l’hagiographie. Ce chapitre est particulièrement révélateur de « l’angoisse de la méthode » compte tenu de l’objet et montre comment un contrat de communication défini par une formulation conversationnelle permet objectivation, distanciation et élaboration théorique. Le deuxième chapitre s’applique à décrire les parcours des quatre acteurs dans leurs institutions universitaires respectives. Il s’agit ici de l’exposition des motifs, du déroulement et du questionnement qui découlent de l’innovation pédagogique. Chaque parcours est présenté en forme de trajectoire mêlant histoire personnelle (héritage familial, traits de caractère, éducation, cursus…) genèse de l’innovation (atelier pédagogique multimédia, centre ressources en sciences, campus numérique, centre de ressources et d’autoformation), contexte organisationnel, rencontre de personnes clés et péripéties. L’orientation de l’action, la nécessité des compromis, la valorisation de tâches d’animation considérées comme « moins nobles » que des tâches d’enseignement ou de recherche, les apprentissages politiques, l’évolution de la position de l’innovateur, les résistances des collègues sont autant de thèmes qui viennent nourrir la forme et les circonstances du projet éducatif. Le troisième chapitre assure une synthèse des thèmes clés ressortant des parcours individuels et montre le lien entre structure instituée et histoire singulière. L’enracinement biographique de l’action, le récit héroïque, les temporalités, les conflits et les affects, les raisons d’agir y sont développés. Ici la recherche s’efforce de faire ressortir ce à quoi chacun des innovateurs adhère et ce à quoi il s’oppose, en particulier la révolte devant des méthodes réputées inefficaces, l’engagement se construit  sur des valeurs familiales, une implication professionnelle et extra-professionnelle. L’action s’organise sur le mode du récit héroïque. Les caractéristiques du discours sont celles des 6 pôles actanciels mises au jour par Propp (1929) et Greimas (1966), ainsi s’articulent la conscience initiale, les adjuvants de l’action, les opposants, le passage à l’action ses péripéties et son dénouement. Les points communs font ressortir le pragmatisme, la cooptation des projets par une équipe, la préparation collective de l’action, la modestie des premiers résultats, la mutualisation des moyens et l’accompagnement des enseignants dans l’appropriation des instances proposées et le poids des trois dimensions institutionnelles, ingénierique et pédagogique. La phase d’institutionnalisation est le moment ou l’irréversible se produit et ou les rapports au pouvoir et rapports de pouvoir s’exacerbent. Même si les reconnaissances obtenues sont parfois ambiguës le soutien des hiérarchies est un moment décisif. La conduite de l’action échappe à une planification globale prédéfini. Dans cette phase du projet c’est la créativité et l’autorégulation qui prédomine, le caractère neuf du projet impose d’inventer des règles, de faire face aux obstacles matériels de résoudre les crises internes de l’équipe de précurseurs, les hostilités les concurrences, le découragement, les « ennemis intérieurs » font parti de la nouveauté qui s’impose petit à petit. Lorsque l’initiateur du projet se retire le problème de la succession se pose. C’est en effet une forme « d’esprit d’entreprise au sens du service public » qu’il convient de faire vivre il ne s’agit pas seulement de réussir un remplacement. Le quatrième chapitre pose la dialectique de l’innovation à l’université entre service public et entreprise industrielle. Le constat initial pointe le rôle d’acteurs atypiques partageant des conduites caractéristiques : une priorité accordée à la technologie, une logique de l’usage plutôt que du seul équipement, une recherche systématique d’un appui hiérarchique et politique. L’innovation apparaît plus le fruit d’un mouvement permanent incertain et dyschronique que celui d’une volonté planificatrice. Un mélange de raison et de passion, d’inventivité et de rationalité s’imposent dans un contexte ou les marges de manœuvres sont encadrées par une gestion collégiale de l’université ce qui procure à la fois un espace de liberté mais aussi l’augmentation d’une résistance d’un corps soudé face à la nouveauté. La distinction entre invention et innovation organisationnelle est difficile à opérer à l’université. L’innovation y apparaît le fruit d’une adaptation, nécessite une réduction des tensions et si les innovateurs sont des marginaux fonctionnels ils travaillent étroitement avec l’institution. La diffusion de l’innovation dans le corps social se produit graduellement et non pas sous forme de rupture et a peu de points communs avec les « courbes épidémiologiques » observées dans l’entreprise industrielle. Les innovations dont il est ici question sont à risque car elles s’attachent à changer les formes d’enseignement hors l’habitus institutionnel est très fort. Les conflits de rôles génèrent un coût de la conviction pèsent sur les innovateurs. L’industrialisation d’une innovation socio-technique en éducation se heurte à la nature même du service qui n’est pas strictement économique. Enfin le cinquième chapitre spécifie une antropo-logique de l’action. Il s’agit ici de faire ressortir comment l’innovation s’inscrit dans une découverte du quotidien inscrite dans la durée de l’action dont le schéma narratif rend particulièrement compte. La conclusion postule le fondement anthropologique de l’innovation, le rôle essentiel des parcours individuels. Pour les innovateurs, l’activité professionnelle est d’abord un lieu d’agir existentiel, une entreprise de restauration de situations déficientes dans laquelle ils s’engagent par conviction et par nécessité. Il est en outre intéressant de signaler que le livre est doté de riches annexes méthodologiques quant à la réalisation du projet d’écriture mais également des fiches de présentation des innovations présentées tout au long des récits et de l’analyse dans  leur état actuel de développement.

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