Il y a quelques années je travaillais au CESI (un magnifique organisme de formation), comme jeune ingénieur de formation. Nous étions alors plus de 50 collaborateurs dans la région mais voilà que les offres de formation, les stagiaires, les formateurs se mettent à muter. 8 ans après nous ne sommes plus que 5 de l’ancienne équipe, nous avons déménagé et le plus gros de notre offre a changé, et pourtant nombre de savoir-faire pédagogiques se sont perpétués. Des tous de main dans la régulation de groupe se sont transmis, des pratiques d’écoute des clients sont toujours vivantes, des formes de contrats pédagogiques persistent, une forme de fierté des formateurs dans le métier, une culture pédagogique subsiste. Les nouveaux se sentent héritiers des anciens, respectueux de ce qui leur a été légué.
Dans les grandes organisations, la construction d’une mémoire pédagogique est essentielle sous peine de réinventer sans cesse. Je me suis demandé comment les 5 restant étaient encore porteurs de savoir-faire vieux de plus de 50 ans dans un environnement où tout passe aussi vite que les hommes. La mémoire d’une équipe pédagogique passe selon moi par autant par les assistantes que par les processus de certifications qui protègent des façons de faire. La culture, ses rituels d’intégration des nouveaux dans le groupe jouent un rôle de liant dans la durée. Toutes les traces écrites dans les supports pédagogiques ou dans les systèmes d’information ou encore dans les procédures conservent des facettes de ces savoir-faire. A partir d’un point, il est possible de reconstituer l’ensemble.
Bien sûr le passage d’homme à homme, le fait d’interagir en réseau permet là encore de démultiplier des points d’accroches pour qu’un usage soit accessible quelque part. Quelque chose d’infime se glisse sans que quiconque n’y prête attention. Cela se passe dans la façon de se saluer, de coopérer, de se rappeler les chantiers du passé les plus difficiles mais fondateurs grâce à la charge émotionnelle qui les a accompagnés.
La création d’une mémoire pédagogique tient plus du sens qui se consolide au fur et à mesure que par la seule magie d’une base de données informatisées. C’est la force d’une communauté qui crée la mémoire et pas la mémoire qui fonde la communauté. Ou alors il y a un renforcement mutuel. Lorsque le nouvel arrivant est associé au cycle de la rétention et de la transmission alors des savoir-faire pédagogiques ont plus de chance de s’établir dans la durée.