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Publié par CRISTOL DENIS

Chut ne le répétez pas. J'ai l'impression que le système de formation français de formation continue est en train de se vider de sa substance. Il y a comme des fuites dans la baignoire. Mais personne ne s'en aperçoit puisque les robinets (financements) sont toujours ouverts. Que se passe t-il? Il est intéressant ou effrayant de voir comment le système de la formation professionnelle continue bâti en France il y a plus de 40 ans est en train de se vider de sa substance. Plusieurs signaux faibles indiquent que les rafistolages législatifs n'endiguent ni n'accompagnent la métamorphose à l’œuvre.

Le discours reste focalisé sur les financements; C'est important les financements mais sans projet global cela reste insuffisant. Pourtant sur les forums internet réunissant des praticiens, dans les réunions professionnelles, les colloques, les séminaires une autre musique se fait entendre. Ce dont on parle c'est tout ce qui échappe au législateur, tout ce qui sort de la baignoire. et s'égaye joyeusement. Toutes les nouvelles façons d'apprendre sont au coeur. Les questions à se poser aujourd'hui est comment apprend t-on? Ces questions sont à peine effleurées par les décideurs. C'est du détail de la logistique (En France on reste toujours sur l'idée que la "logistique suivra"). Pourtant dans les PME comme dans les grandes entreprises, ou quelques administrations en pointe un talonnement est en cours pour déceler de nouvelles manières d'apprendre. Qu'observe t-on?

Toutes les nouvelles approches d'apprentissage valorisées sortent de la salle de formation. Les pratiques et les usages débordent du cadre réglementaire ou le contredisent. Plusieurs exemples témoignent des fuites dans le modèle du contrôle a priori qui dit ce qu'est une formation et qui mérite d'être financé et ce qui n'en est pas et doit être ignoré. Tout d'abord l'obligation d'agrément des organismes de formation est mise à mal par internet. Je peux me former en ligne (voir les plates formes Coursera par exemple) avec une université américaine ou suisse, qui plus est gratuitement alors même que celle-ci n'est pas agréée par l'état Français! Le verrou du contrôle préalable a sauté.

Ensuite nombre de grandes organisations dissocient désormais ce qui répond aux obligations légales et ce qu'elles estiment stratégiques. Elles limitent l'effort légal aux formations obligatoires, ou 'intérêt le plus faible sur les compétences coeur de métier et investissent dans des dispositifs de formation-action plus librement. Elles se soucient moins de la feuille de présence et du contrôle tatillon d'un contrôleur d'imputabilité et plus du maillage de son action avec la réalité des enjeux du travail.

De nombreuses organisations (par force, par choix) ont investi des formes d'apprentissage qui ne rentrent pas dans les cases formatées. Les groupes d'échange des pratiques passent encore, mais des groupes très intégrés au travail obéissent à des rythmes souples, des problématiques variables qui ne cherchent pas à figer des objectifs d'apprentissage a priori.

Alors même qu'une suspicion sur le coaching se perpétue (argument entendu "mais n'est ce pas l'abandon des individus à eux-mêmes?", "c'est vraiment sérieux? Y a t-il vraiment une supervision comme affirmé?" "Porte d'entrée des sectes" "psychologisation des problèmes organisationnels" etc.), ces frais de prise en charge se font difficilement au gré de l'habileté des présentations de la facture. De nombreuses expérimentations se développent et la culture du coaching se conforte malgré tout et se professionnalise.

La contrainte du plan de formation se perpétue. Mais cela fait bien longtemps que les entreprises utilisent cet outil pour son pouvoir de discussion avec les partenaires sociaux et très rarement comme un outil stratégique de prospective pluriannuelle.

Les dispositifs hybrides intégrant des temps à distance sont peu valorisés. Ils cochent mal aux cases du contrôle. Personne ne sait vraiment mesurer l'attention. Il faudrait le faire en ligne quand bien même on ne sait pas le faire en salle et que de plus en plus nombreux sont les stagiaires à s'échapper par la fenêtre internet. Voyez les têtes baissées sur des écrans dans les salles c'est édifiant. Sans parler des 13% de Français qui déclarent apprendre seul sur Internet selon le CREDOC.

Le contrôle a priori est un fruit de la culture administrative de moins en moins appétissant quand on sait que l'on apprend tout le temps. Notre cerveau est actif et sous tension électrique constamment de 6 à 60 HZ. Il ne se débranche pas une fois éloigné de la feuille de présence. Aujourd'hui les entreprises cherchent de plus en plus à mobiliser les organisations de travail pour générer et faciliter les apprentissages informels.Mais cela ne rentre pas dans la baignoire.

En résumé l'agrément est contourné, les formations en salle font peu rêver dans les colloques et sur les forums (même s'il se passe et se passera toujours des choses passionnantes dans les salles), les budgets de formation se centrent sur les formations obligatoire ou à faibles enjeux (pas toujours mais c'est une tendance), le plan de formation est devenu un rituel social, la feuille de présence et les système de gestion associés ne tracent qu'une infime partie des apprentissages, le principe de l'imputabilité gêne plutôt qu'il ne favorise l'innovation, on apprend de plus en plus sur internet.

En conclusion, de nouvelles façons d'apprendre s'installent qui sont encore trop largement ignorées. A nous tous de le faire savoir, de faire bouger les lignes, de proposer des choses nouvelles, d'en prouver la pertinence et de garder en tête en permanence qu'il faut d'abord de préoccuper des agents, employés et ouvriers les plus fragiles.

N'oublions pas les agents de catégorie m'a dit Christelle. Il ne faut pas les oublier.

Et si la formation professionnelle se vidait de sa substance?
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