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Publié par CRISTOL DENIS

Introduction. Il est possible de relever 4 bouleversements des rapports aux savoirs du fait de la numérisation. Par numérisation, je comprends le passage du document imprimé à des formes électroniques ainsi que la volonté d’ouvrir un patrimoine de connaissances au plus grand nombre. Les quatre phénomènes ici rappelés construisent de nouveaux sens dans les rapports aux savoirs.

Le premier phénomène a trait aux moteurs de recherche. Ces derniers nous permettent de nous affranchir de la seule pensée taxonomique qui classe les informations a priori selon un choix dit rationnel. Il est désormais possible de rechercher une information par rapport à des entrées subjectives. Il n’y a nul besoin de savoir comment les encyclopédistes ont rangé le monde avant de s’y aventurer. Il suffit de saisir un ou plusieurs mots librement sur l’espace du moteur de recherche pour recevoir quasi instantanément des propositions de sens associé. La recherche alphabétique qui guidait notre façon de tourner les pages est supplantée par un effort de précision de notre curiosité. Ce faisant pour satisfaire cette curiosité les moteurs de recherche qualifiés de sémantiques accélèrent la vieille ambition humaine de rassemblement universel des savoirs. C’est ainsi que les moteurs de recherches tels que Google se sont lancés dans une entreprise de numérisation systématique des fonds de bibliothèques. Le projet « Google recherche de livre » s’efforce d’indexer tous les savoirs humains en numérisant les livres. Google se donne pour ambition d’« organiser les informations à l'échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous »[1]. D’autres concurrents comme Microsoft lancent aussi des projets de recensement et numérisation comme Turning the page. Les bibliothèques publiques s’engagent aussi à l’instar de la BNF avec Gallica[2] ou pour l’Europe avec Europeana[3]. Une masse documentaire, de livres rares, d’ouvrages actuels deviennent intégralement ou partiellement disponibles selon les droits d’auteurs qui s’y attachent.

Le deuxième phénomène est relatif à la diffusion des travaux de recherche. Les chercheurs sont invités par les initiatives internationales de Budapest (2001), puis de Berlin (2003) à mettre en ligne leurs archives[4]. Cet appel fondateur de création d’archives ouvertes s’intéresse à la mise en ligne d’articles de recherche (Hyper Archive en Ligne), de thèses (cyber-thèse) et de résultats. La circulation des savoirs s’en trouve accélérée. Le projet sciences commons[5] vise à faire émerger des stratégies de diffusion de la recherche scientifique et s’applique à négocier avec les éditeurs scientifiques pour supprimer tous les freins à la diffusion des informations scientifiques sur internet. Ce phénomène entraine avec lui la diffusion de travaux de recherche en cours (working paper) qui sans être définitifs donnent à voir le sens d’une recherche. Cette ouverture questionne les critères des revues académiques, le filtrage par les pairs, le poids des usages disciplinaires, l’influence de milieux scientifiques constitués. Elle neutralise certains jeux d’influence qui tendraient à limiter les recherches en marge des courants dominants les mieux établis.

Le troisième phénomène est celui des cours en ligne gratuit. Les universités, à commencer par les grandes universités américaines ont rendu accessible en ligne des programmes dès le début des années 2000. Le MIT a rassemblé et diffusé des cours[6], puis l’université Duke a créé « Duke sur Itune U »[7], un système de podcast. D’autres consortium ont suivi comme Paris Tech dès 2003 avec son projet « libres savoirs »[8]. Actuellement cette ouverture prend la forme de MOOC (massive open online courses). Ces cours massifs ouverts et en ligne sont librement accessibles. Deux formes sont promues. Les xMOOC diffusent gratuitement des cours standards en ligne. Des vidéos d’enseignants en directs ou en différés guident les apprenants dans les matériaux proposés. Les cMOOC misent sur l’apprentissage en réciprocité des apprenants avec l’aide d’enseignants qui jouent le rôle de facilitateurs. Les cMOOC misent sur : la montée en autonomie progressive des apprenants, la fabrication des savoirs dans des environnements 2.0, riches de ressources à consulter à retravailler et à éditer dans un blog ou un wiki.

Le quatrième phénomène est celui des logiciels libres. Il s’agit ici d’un phénomène de création d’un domaine public numérique. Les licences creative commons qui soutiennent juridiquement ce phénomène permettent de produire, publier et distribuer des objets numériques qu’ils s’agissent de système d’exploitation (par exemple Linux), de programmes informatiques, de sites ou de plateformes. Ces licences sont la réponse américaine à la confrontation juridique du monde numérique et des droits de copyright et de la propriété intellectuelle. Dans la création d’une licence, il est possible de retenir des options telles que la mention de paternité, l’usage commercial ou non, l’autorisation de modification et les conditions de partage. Ces licences facilitent le déploiement de codes informatiques existants notamment dans le cadre de langage informatique. Elles empêchent une privatisation des développements. Ces licences s’inscrivent dans un mouvement continu d’enrichissement et de partage des connaissances.

Conclusion. La numérisation ouvre les données au plus grand nombre. Elle transforme le sens du livre et des rapports aux savoirs. D’un objet imprimé, le livre devient un objet numérique dont l’interface première est la recherche et l’indexation. Pour Doueihi (2011)[9], « le livre passe ainsi de l’état de composition relativement autonome et cohérente à celui de structure tabulaire et indexicale ». Alors que le monde du livre avait créé des auteurs, des pairs, des lecteurs, des lecteurs professionnels, des éditeurs et des diffuseurs, le monde du numérique brouille les catégories, les droits qu’ils s’étaient créés, leurs prérogatives, leurs places dans la hiérarchie sociale. La numérisation produit dans le même temps une démocratisation des accès, une accélération des partages et provoque une implication individuelle. Ces quatre phénomènes font tomber des barrières dans l’accès, la production, la circulation des savoirs. Chaque utilisateur d’un moyen de connexion peut désormais se raccorder à ce qui est bien plus qu’un accès aux savoirs et dont il reste à trouver le nom.

[1] http://www.google.fr/about/company/

[2] http://gallica.bnf.fr/

[3] http://www.europeana.eu/

[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Open_Archives_Initiative

[5] http://sciencecommons.org/about/

[6] http://ocw.mit.edu/index.htm

[7] http://itunes.duke.edu/

[8] http://graduateschool.paristech.fr/

[9] DOUEIHI, M. (2011), La grande conversion numérique. Paris : Editions du Seuil.

La numérisation bouleverse les rapports aux savoirs
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M
D'après ce que j'ai vu dans le denier reportage de 66 min sur m6, la technologie de l'impression 3d va aussi soulever une sacré problématique du point de vue de la propriété intellectuelle.
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S
Merci pour cet article, explication très claire.
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C
Merci
A
Article intéressant , que j'aborde dans un texte, que je vous propose de lire (le cerveau social). J'emprunte quelques lignes, vous pouvez donner votre avis.<br /> http://jean-philippe.abgrall.overblog.com/
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C
Merci pour la citation de mon blog cela sera bien suffisant<br /> J'ai du mal à lire de longs textes sur écran je lirai paisiblement votre texte demain après l'avoir imprimé <br /> bonne soirée
A
N'hesitez pas a participer, mais hormis &quot;cristol denis&quot; dans un article sur &quot;La numérisation bouleverse les rapports aux savoirs&quot; (Dans : APPRENDRE AUTREMENT est le blog dédié aux approches innovantes de la formation dans les organisations), voulez vous que j'ajoute autre chose?<br /> Et je suis toujours avide de commentaires, critiques.<br /> Merci d'avance.
C
Très sympa votre projet de livre collaboratif. Bravo pour cette initiative.<br /> Si vous prenez quelques lignes de mon texte je n'y vois pas d'inconvénient mais si vous me citiez cela serait bienvenu et me ferait plaisir