Depuis que je travaille, je m’enseigne le management. Cela fait plus de 20 ans. Peut-être même que cela a commencé quand j’étais scout, pilote de patrouille. Je fais une distinction entre le management des hommes et la gestion. Interagir avec une équipe, lui donner envie me stimule, me donne de l’énergie. C’est la dimension humaine du management. Comptabiliser les résultats, mesurer, chercher à tenir des standards c’est de la gestion. La gestion cherche à poser des cadres d’action et à les faire respecter. Cependant il m’apparaît qu’il n’y a pas de grands engagements et de grands résultats sans relâchement. Autrement dit plus je cherche à contrôler moins je contrôle, plus je dose et au final, plus j’ampute ma motivation à agir, puisque je la conditionne et la limite par une mesure. Viser un résultat est la meilleure façon de ne pas l’atteindre. S’entrainer et travailler dur, rechercher le plaisir dans son action, consolider son engagement permet plus sûrement d’aller vers quelque chose. Pas forcément vers l’objectif qu’on aurait imaginé. Pour prendre une image plus je serre l’oiseau dans ma main de peur qu’il ne s’envole plus je l’étouffe, plus il a des chances de devenir une chose morte. Oublions les objectifs ou bien gardons les tellement immenses au-dessus de notre tête qu’ils ne nous encombrent plus à l’intérieur. Visons plutôt le beau geste. Lâchons nos coups, essayons nous à nos passions. Arrêtons les petits calculs. Donnons sans compter de nous-même. Le résultat suivra peut-être. On le cueillera comme une fleur en plus. Il s’ajoutera au plaisir d’avoir agi selon son inclination. C’est pourquoi, selon cette philosophie, il convient de s’engager dans la voie qui nous donne du plaisir. L’exécution de chaque geste va renforcer notre motivation, transformer les moments pénibles du travail en moments choisis tout en contribuant à une réalisation plus grande. Evitons de nous tromper de voie.
L’essentiel étant énoncé, comment faire pour partager cette posture au plus grand nombre ? Comment faciliter l’inclination de managers à faire grandir leur plaisir en développant le talent et l’envie d’agir des autres ? Car pour moi leur talent est là, plus que dans le pilotage. Influer sur les humeurs, mailler des envies, faire avec des contradictions sera d’autant plus aisé, qu’il ne s’agira pas du pensum de la fonction mais d’une pratique désirée. Trop souvent, dans des organisations hiérarchisées les cadres pour évoluer doivent passer par la case management. Ils n’en ont pas toujours envie. Nombre de formation et de stage d’accès au statut cadre viennent poser un pansement (version pessimiste) ou permettre la découverte d’une part de soi-même (version optimiste). Dans tous les cas j’ai observé que les cadres souriants à l’aise dans une tâche si difficile avaient construit leur propre philosophie de la vie, voire même une sagesse personnelle. C’est pourquoi il n’y a guère d’enseignement au management aisé. Tout au plus peut-il être proposé à chacun de réfléchir sur soi, d’assouplir ses cadres de pensée, de vérifier s’il est toujours en phase avec ses engagements. Les seules contraintes que nous nous donnons sont celles de nos habitudes, de notre confort, de la haute opinion que nous avons de nous-même. Plus les habitudes, le confort la haute opinion de nous-même sont élevés, plus nous nous mettons de pression, plus nous limitons nos choix et notre pouvoir d’agir librement. Je ne fais la leçon à personne c’est pareil pour moi. S’apprendre soi-même à manager une équipe passe par l’examen volontaire de ce que l’on veut pour sa vie et des contraintes que l’on se choisit. Certaines contraintes nous sont imposées. Truisme : il n’y a pas d’autres solutions que d’apprendre à les aimer ou alors à lutter contre, à devenir militant. Il est aussi possible de subir.
Le manager apprécié peut puiser dans une vaste panoplie de traits de caractères : l’écoute, le courage la confiance, l’empathie sont souvent citées. Son expertise technique est appréciée. Mais ceux que j’ai observé, ceux qui m’ont impressionné, c’est ceux qui ont développé mon pouvoir d’agir de gagner plus de confiance en moi. Pour eux, pour ce que j’ai reçu d’eux j’aimerai donner en retour. Je n’ai aucune idée de savoir si j’y arriverai. Je ne suis pas obnubilé par le succès de cette envie mais j’essayerai. De la même façon parler à des cadres de management des hommes, de valeurs, d’éthique. Je ne sais pas si c’est un discours creux qui se perd dans la logorrhée actuelle de trop de mots, ou si la tentative de dialogue portera. Peu-importe si au moins il y a intention d’échange.
