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Publié par CRISTOL DENIS

Ma fille est entrée à l'école du Louvre (le papa est fier), elle arpente désormais les salles du Musée avec assurance, me fait visiter la salle Campana, et ses vases grecs. Le musée est sa salle de classe, elle y déambule en permanence, y prend des repères kinesthésiques et chronologiques, elle doit en connaître les ailes, les pièces principales et les œuvres majeures. Pour le jour de l'examen elle doit organiser sa mémoire et créer des "cartes heuristiques" ou "cartes de rappel" dans lesquelles les sensations physiques joueront leur rôle. A ce moment, elle devra répondre à des questions sous la forme de dissertations mais aussi réaliser dans un temps très courts des commentaires d’œuvre: 4 par cours, soit 16 commentaires pour 4 cours, sur une base iconographique de 1600 œuvres. A l'issue de la première année elle doit donc connaître 1600 cartouches descriptifs mais également savoir les resituer dans l'histoire de l'art. De multiples fonctions du cerveau sont sollicitées à commencer par un effort de classification et de création de liens entre les objets, les périodes, les zones géographiques. En pensant à ce type d'apprentissage par cœur, on pense aux études sur les circuits cérébraux des conducteurs de taxi londonien devant connaître par cœur le nom et la place des 5000 rues et ruelles de Londres. Une intelligence fait de liens, de trajets, de distances et de localisation dans l'espace.

Une seconde façon d'apprendre se met en place. Je la désigne comme apprentissage multi-tâches. Ce type d'apprentissage se met en œuvre par la force des écrans et de tous les dispositifs électroniques omniprésents. Chacun d'entre nous glisse d'une boîte mail à un blog, de l'écran de son téléphone portable à un écran d'ordinateur, tout en écoutant de la musique, en cherchant une information sur un moteur ou une encyclopédie. Le cerveau est sursaturé d'informations, de signaux de retours et de connexions avec le monde qui nous entoure. Le type de carte heuristique qui se construit est ici délié, ouvert, non linéaire, changeant et opportuniste. Les informations sont aussi de petites unités de sens, mais comment se classent-elles les unes par rapport aux autres? Comment s'agrègent elles les unes aux autres? Quels sens prennent-elles? Comment tirer parti de cette richesse de liens et de la créativité possible?

Si dans la première façon d'apprendre une organisation presque physique est perceptible, une structure du savoir fait de dates et de repères géographiques sur lesquelles on peut poser de nouvelles couches d'informations, dans la seconde, ce qui semble se détacher se sont les bifurcations continuelles, les liens imprévus, les nœuds les possibilités infinies d'exploration. Dans les deux cas, des cartes se dessinent mais elles sont constituées différemment, arborescence géante dans la première situation, labyrinthe mobile dans la seconde. Ces façons d'apprendre constituent aujourd'hui des façons d'être au monde radicalement différentes, les réseaux neuronaux divergent dans leur genèse. Il faudra plus que jamais apprendre à communiquer alors que nous empruntons des voies différentes.

Apprentissage par coeur ou apprentissage multi-tâches

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