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Publié par CRISTOL DENIS

Il me semble que l’envie de leadership qui traverse aujourd’hui les organisations, et tout le pays relève moins de l’envie d’un leader providentiel que d’envie de peser sur nos destins individuels. A chaque fois que les leaders officiels, qu’on devrait dépouiller de l’appellation de leader au profit de celle de chefs, de dirigeants, de politiques, ou de représentants syndicaux pour éviter la confusion de rôle, donc à chaque fois que les personnes en situation de donner des ordres le font et que ces derniers dégradent la perspective de chacun de se projeter ou d’être maître de ses choix, alors ils dégradent le vivre ensemble et l’envie de s’engager. A quoi bon obéir à une autorité qui ne me protège pas, qui n’augmente pas mon pouvoir d’agir et d’exercer ma liberté ?

L’autorité est déracinée de ses bases, les dirigeants sont socialement étrangers à ceux qu’ils prétendent diriger. Ils parcourent des trajectoires et des vies parallèles. Ils n’habitent pas les mêmes quartiers, ne fréquentent pas les mêmes écoles, ils ne mangent pas les mêmes choses. L’autorité est désincarnée : le dirigeant se réfugie derrière la loi du marché, le cadre derrière les processus informatiques ou les procédures qualité, le politique derrière la conjoncture, le professeur applique les consignes du ministère, le syndicaliste est caché derrière sa frange électorale qui a réduit comme peau de chagrin etc.

Pourtant l’envie de leadership est bien présente, en témoigne la vitalité des engagements associatifs des liens faibles et de proximité qui éclosent, avec le monde du co promu par les facilités de liaison d’internet. Tout se passe comme si d’une part les citoyens, individus, pères et mères de famille aspiraient à mieux vivre ensemble, et que d’autre part et paradoxalement les individualismes de ces mêmes individus fournissaient le prétexte à maintenir des modes d’animation clivant les collectifs. L’autorité incarnée dans un chef fort resterait la solution organisationnelle la plus économe en énergie pour les collectifs. Le chef apparait comme solution sociale de régulation et condition indépassable du vivre ensemble. C’est la loi de la nature nous rétorque-t-on. Observons les primates.

Dès lors l’envie de leadership est moins une question de qui est le bon leader, comment il émerge, quelles sont ses qualités et plus nos capacités à faire preuve d’empathie et à apprendre à nous réguler avec les autres. L’envie de leadership est donc indissociable d’une acceptation de l’altérité. C’est bien ce qui pose problème, car les identités se construisent pour partie dans des grands ensembles urbains qui indifférencient les manières d’être et de ressentir, mais également en référence à des racines régionales ou issues d’immigrations proches et lointaines. L’envie de différence n’est pas si aisée, quand le modèle éducatif dominant ne facilite pas le brassage, pour le pas dire le melting-pot.

L’envie de leadership peut alors se recroqueviller sur une communauté, sociale, ethnique et religieuse et ce faisant place les dirigeants dans la situation d’arbitrer des visions contraires voire inconciliables du monde. Certains leaders revendiquant pour les leurs, avantages, reconnaissances, ou difficultés spécifiques. Sans vision de l’intérêt général, il n’y a pas de leadership, seulement des instructions.

L’envie de leadership est à construire dès l’école par un rapprochement des individus entre eux dès cette étape cruciale de la vie. Elle doit s’exprimer pour le bénéfice de chacun, dans les valeurs nationales de la république qui demeure le socle à partager. Pour cela les méthodes d’enseignements doivent être revues et se préoccuper de comment chacun contribue au groupe. Il s’agit de faire de l’individualisme une éthique au profit du collectif et pas seulement un moteur de la consommation qui génère une compétition sans fin.

L'envie de leadership

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