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Publié par CRISTOL DENIS

Philippe Carré est professeur de sciences de l’éducation et s’est efforcé tout au long de sa carrière de partager le concept d’apprenance. Dans un premier ouvrage précurseur en 2005, il définissait l’apprenance comme une attitude favorable à l’acte d’apprendre et opérait une distinction avec l’apprentissage qui est le processus par lequel nous apprenons. Si ce premier ouvrage avait ouvert la voie à de nombreuses recherches psychopédagogiques et influencé durablement une équipe de chercheurs, ce deuxième opus en est un prolongement qui montre comment une nouvelle culture dépassant la formation professionnelle se met en place qui met en avant le sujet social apprenant dans le développement de ses propres compétences dans tous les registres de sa vie. L’ouvrage étaye cette nouvelle culture de la formation et cette évolution de la société de l’information vers une société apprenante. Il montre le renversement de perspective et en particulier les convergences entre rapport à la formation, autoformation et subjectivation. Cette mise au point est guidée par la question de la responsabilité en formation. L’auteur en arrive à une représentation du sujet social apprenant au carrefour de la sociologie où l’individu est avant tout un sujet social et de la psychologie où il est avant tout sujet apprenant. Au cœur de cette représentation réside l’agentivité, ce pouvoir d’agir de se mouvoir, de décider, de prendre des initiatives qui pour l’auteur demeure limitée.

Trois catégories de facteurs explicatifs de l’attitude favorable à l’acte d’apprendre sont proposées par l’auteur :

  • Les facteurs endogènes renvoient aux dispositions à apprendre. Il sont liés à une variété de dimensions sociodémographiques, biographiques, cognitives (capacité à traiter de l’information, conatives (capacités à donner du sens à ce que nous vivons) ou affectives. Les dimensions conatives et affectives expliquent le choix et l’orientation de nos conduites.
  • Les facteurs exogènes décrivent les contextes d’apprentissages. L’auteur montre comment les environnements personnels d’apprentissage évoluent vers une « learning culture ». Il décompose cette culture selon que le contexte d’apprentissage est formel, c’est le cas des rencontres (en présence ou à distance), que ce contexte est informel, c’est me cas des apprentissages non intentionnels, fortuits, cachés, incidents, buissonniers à l’occasion d’autres activités, ou bien en contexte semi-formel c’est-à-dire par émergence. Dans son analyse une intégration des formes d’apprentissage se déroulerait au travail.
  • Les facteurs énactifs sont relatifs aux pratiques d’apprentissage. Pour l’auteur l’étude des pratiques apprenantes renvoie à des modalités intentionnelle (volontaire et consciente), soit un vouloir, savoir et vouloir apprendre, à des modalités incidentes (involontaires et inconscientes) soit le hasard la sérendipité ou le événements ou des modalités implicites (inconscientes et volontaires) soit une socialisation, une imprégnation et un conditionnement.

Partant des constats proposés, l’auteur en conclue à une nouvelle économie pédagogique faisant plus de place à des temps de préparation des rencontres pour mener une « réingénierie pédagogique apprennante ». Ceci passe par un changement de posture des formateurs amenés à être des facilitateurs et pas seulement des experts de contenus.

Cet ouvrage est une magnifique somme de savoirs sur l’adulte apprenant. Il est appelé à devenir un ouvrage de référence par la qualité des apports et la finesse des analyses. Il fait non seulement une synthèse de tout un engagement professionnel, mais il ouvre en outre à de nouvelles questions sur les études des milieux où l’on apprend, probablement un nouveau chapitre à rédiger relatif à ce que nous pourrions nommer une « mésologie de l’apprenance ».

 

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