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Publié par CRISTOL DENIS

 
 

Prologue

Je ne suis pas parti que je sens déjà les senteurs de l’autre rive de la méditérannée. Celle qui parfois nous souffle au visage le sable rouge du désert, sans se soucier des frontières. Sirocco messager du sahara. Je ne suis pas parti que déjà je pressens le frisson des oliviers sous la brise, la bas forcément plus chaude.

 

Visite au consulat

Je viens rechercher mon visa au consulat. Je suis un peu inquiet car s’il n’est pas fait je ne pars pas ! c’est aussi simple que cela. J’arrive à l’ouverture 14 h. la salle d’attente est bondé. La préposée aux passeports prend son service avec une demi heure de retard. L’ouverture étant limitée de 14 h à 15 h 30, la tension monte. Comment cela va t-il se passer ?Le poster de Bouteflika sourit. Finalement cela se passe bien. J’ai mon visa très vite. Pas de problème je pars. La journée se passe. Je transmets mes consignes, bourre mon sac de doc pédago.

Départ d’Orly

Réveil 5 h la nuit a été courte. Je prend un taxi place clichy. Le chauffeur est kabyle. Quand je lui dit ou je vais il est intarissable. C’est comme si j’y était déjà. L’attente est un peu longue. Les contrôles excluent du voyage des pains de nougat. Hop c’est parti. Température prévue à l’arrivée 5°. Adieu les rêves de chaleur. L’avion grimpe au dessus des nuages. C’est une sensation magnifique que de quitter la pluie et la grisaille et d’arriver dans une zone ouatée rose, dominée par la lune toute ronde posée comme un œuf sur du coton. L’avion pique du nez et vire. Alger la blanche apparaît, ensemble de rectangle blanc bien rangé. Elle a fière allure. L’avion se pose. La descente, les contrôles. La douane tatillonne un peu mes papiers. Ça passe. Je m’avance dans l’aéroport. je me sens bien. Même si je suis le seul étranger. Je me sens bien. Un homme s’approche de moi. C’est Omar il m’appelle par mon nom et me souhaite la bienvenue et nous voilà parti en voiture à travers la ville jusqu’à Oualed Fayet. La voiture file sur le boulevard de la mer, long les ministères, le port. On laisse Bab el Oued, on laisse la casbah populeuse et on file à travers les ruelles qui gravissent les collines. Tout est en construction ou se construit. Tout sort de terre, les immeubles, le peuple des jeunes qui tiennent les murs de leur dos. Il y a même un nom pour ça ici (haj ?)j’arrive au FNAC. Je suis cordialement accueilli avec beaucoup d’attention. la formation débute et se déroule bien. Les personnes sont réceptives. Elles ont une fraiche envie. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu des personnes avides, pas blasées. Ahmed Mezaoui me guide dans le village. On va manger une salade et boire un jus de cerise. C’est bon le jus de cerise ! le soir, le minibus du FNAC ramène tout le monde à domicile. On traverse à nouveau les collines. Les rues tortueuses ou l’on se glisse à peine, laissent apercevoir des quartiers vivants et chaleureux, colorés, dangereux parfois. Mes guides devisent parfois en arabe, parfois en Français. La mémoire de la décennie sanglante est encore vive., et lorsqu’un portrait de Sadam Hussein est peint sur un mur à l’entrée d’un quartier, cela inquiété le minibus. Les palmiers se penchent un plus encore. Les ruelles se font rues et l’on arrive dans/sur la colline des ministères. Un peu plus loin le palais El Mitak trône sur la baie d’Alger. la vue est impossible. Je me demande ce que je fais dans ce palace ! alors que l’eau manque partout, la les fontaines et les vasques rafraichissent tout. Je suis guidé jusqu’à ma suite et de la terrasse je goûte les lumières de la ville blanche et j’accompagne mon régal des dates qu’une main généreuse a posé sur une table basse. La table d’El Mitak est à la hauteur : soupe de poulet à la tomate (chorba), agneau rôti. Allez j’ai mérité une nuit. Au lit dans les draps fins.

Le réveil du muezzin

Le réceptionniste a oublié de me réveiller, qu’importe Allah me fait savoir par la voix d’un muezzin qu’il est grand temps de se lever et de faire sa prière. J’avale un café, une sorte de crêpe sucrée au miel et je rejoins le minibus. A 7 h nous filons dans les ruelles. Déjà beaucoup d’activité si tôt dans les collines. Des écoliers rejoignent leurs écoles, des travailleurs leurs chantiers. Quelques fantomes noirs se glissent sous leurs voiles. La circulation se densifie. Le chauffeur est riche de signe de la main. Avec un index, une claque, il se fraye un chemin et guide le minibus sur la colline. La grand place d’El Bihar et ses maisons blanches majestueuses nous accueillent. De place en mosquée, de ruelles en lycées nous finissons par arriver. La formation est un délice. Toujours cette candeur, cette joie d’apprendre. j’apprend d’un stagiaire que nous sommes dans un quartier Lob chichi (c’est ce qu’entend mon oreille), un qurtier chic ou branché, peut être le nom des bobos locaux. Ahmed m’emmène déjeuner. On va « manger la brochette ». on la trempe dans un bol d’harissa et on se chauffe les babines. Ca le fait bien avec du pain cuit au tajine et trempé dans de l’huile d’olive. un pur délice ! le soir arrive quelques stagiaires sont mal logés. J’ai des scrupules à aller à la résidence El Mithak. Mais je n’ai rien demandé. Nectub comme on dit ici. C’est mon destin. Le minibus dépose le personnel du FNAC au fur et à mesure du voyage. Omar lit El Watan paisiblement. J’aime son regard profond et pénétrant comme une lame de couteau. Il m’impressionne. abdelazziz Bouteflika, le président préside de sa photo à la une du journal. Je rentre, je grignote quelques dates sur le balcon de la résidence et je laisse le soleil se coucher sur la baie d’Alger. les palmiers se courbent sur l’horizon, fatigué comme moi de la journée. Je dine face à la mer d’une soupe de légume et d’un poulet en sirotant un e citronade. Inch allah ! la vie est belle.

Femmes de caractère

Ce matin la réception m’a réveillé. Je n’ai pas entendu le muezzin. Je me dépèche. J’avale un café et quelques gateaux délicieusement fourrés à la figue. Je prend le minibus qui serpente à travers Alger pour ramasser stagiaires et salariés du FNAC. Le bus trouve son chemin à travers les lacets. Chaque quartier de cette partie d’Alger est une colline. Il y a celle des figuiers de barbarie, celle des palmiers… toutes ont leurs petits étals d’agrumes colorés qui plairaient bien aux impressioistes. Le bus est arrivé dans le grand lycée qui abrite le FNAC. Comme hier et avant hier nous avons échappé à tous les trous qui sément les routes de la ville. Vu le gruyère c’est un bon début de journée. La formation débute joyeusement. Tout se passe bien jusqu’au moment ou l’on parle des difficultés et la ! une dispute intervient entre une femme forte personnalité kabyle et un homme sur le rôle de la femme. Pour la femme une juriste sûre d’elle. il ne doit pas y avoir aucune différence alors que le jeune homme est pour le respect des traditions. Je vois le moment ou l’empoignade va sortir des mots et se saisir de l’assemblée. les mots français et arabes se mélangent. C’est chaud bouillant. Bon une chance, les maîtres sont encore respectés et j’arrive à remettre de l’ordre en sauvegardant l’honneur des parties. Ouf ! je serai plus prudent. Kamel Ouali m’invite à déjeuner dans une gargote animée prés de la mosquée, une ancienne église coloniale. Le gargotier comme on dit ici s’active dans tous les sens. Nous mangeons des salades tout en buvant le coca cola local dont Houmad Boualem est le producteur exclusif. Un peu sucré, plus épicé que du coca, mais ça a du goût. Dans la gargote, c’est celui qui fait le plus de bruit ou agite sa main qui est servi en premier. C’est la règle et Kamel se débrouille pas mal à ce petit jeu. On reprend l’aprés midi de formation. Il s’agit de prendre des rendez vous avec des clients. Je passe de groupe en groupe et mes stagiaires font des exploits. Je suis fier d’eux ils prennent 15 rendez vous en moins d’une heure ! le bureau d’ahmed mezaouiest à côté, il entend tout, il est très content. Pour un DG c’est toujours plus satisfaisant d’avoir une bonne équipe. C’est amusant parce que toute les grandes décisions se prennent aux pauses, les contrats de travail toujours pas signés, le plan d’action, l’organisation, tout est dans l’informel, cela me va bien. Les formes ont tendances à me peser sur les pieds. Les 3 stagiaires féminines qui n’avaient toujours pas trouvé de chambre sont hébergées chez une enseignante du lycée professionnel et sa fille. Les relations hommes/femmes sont décidément structurantes en Algérie ! un autre qui habite loin nous explique qu’il arrivera tard souvent car son car ne  part que quand il est plein ! tout est pareil ici, mais tout est différent aussi. Bon nous traversons Alger, ses petites boutiques qui vendent des citrons et des oranges. Nous passons par un autre chemin ; le cercle des militaires, un palace aussi imposant que ma résidence. Nous croisons toujours les ombres noires et glissantes. J’ai beau me croire tolérant, ces femmes entièrement drappées m’inquiétent. pourquoi échapper à la vue de tous de la tête aux pieds ? qu’ont elles à cacher ? cela me fait penser que je donnerai à la vigoureuse Kabyle du groupe le livre de Pierre Bourdieusur « La domination masculine ». cela risque de lui plaire. Le soir arrive avec les lueurs orangées sur les maisons algéroise. Arrivé à l’hotel, je sors aussitôt. La nuit est tombée. Je me faufile dans les ruelles, rasant les murs pour éviter la furie voituresque. Je sors du quartier des ambassades et j’arrive au cœur d’El Bihar. Place kennedy : une magnifique place blanche bordée de palmiers. Un marché improvisée propose de tout : de l’animation, des chaussettes, des portables, des cigarettes de contrbande. Une grande librairie occupe une grande maison. Je ne résiste jamais à l’appel d’un livre. Tout est bien rangé. Je me trouve dans mon élément parmi les livres. Ils me parlent de la fierté algérienne, de la révolution bien sur, des régions du pays. Je trouve même quelques ouvrages de management, mais rien de spécifique. Je rentre à l’hotel sans plus m’attarder. la nuit est déjà épaisse et les lumières se font rares. Une soupe quelques cotes d’agneau et ses pois chiches, une orangeade décidément j’aime bien la nourriture ici. Enfin j’entend en fonds musical « mon ami la rose ». une magnifique chanson qui résonne bien dans ce pays.

Ahmed mezaoui

Mes impressions du jour. Je déjeune tous les jours avec Ahmed Mezaoui. C’est le directeur général. Un homme charmant, une intelligence orientale, relationnelle, capable de faire 5 choses à la fois. il vit tout prés d’alger, à l’orée d’une forêt. Il me dit aimer se promener avec ses 4 enfants dans les bois. C’est le plus jeune d’une fratrie de 6 enfants. Pour lui ceux sont les difficultés qui éduquent, pas la facilité. Il a été formateur et il me parle avec plaisir de cette époque. Je me sens en communauté avec un homme qui aime apprendre par delà nos différences. En France nous avions échanger des proverbes.

 

« La connaissance plus on la disperse plus elle grandit »

« construire une maison sans poutre prend de longues années. Détruire une maison avec des poutres n’est le fait que d’un instant » (en arabe cela à encore plus d’allure)

 

Nous arrivions à la conclusion que nous partagions un trésor. C’est bien l’idée de notre projet commun : donner à l’algérie les connaissances auxquelles elle aspire. Aujourd’hui je me suis risqué à entraîner les stagiaires aux techiques théâtrales. Le rapport au corps, à soi, à l’autre n’est pas évidente ici. J’ai théâtralisé si bien que j’ai provoqué une panique. Nous avions sorti les chaises pour aller en plein air (j’aime former en plein air cela change de la salle). Dehors je fais quelques exercices de respirations, de confiance. Au cours de l’un d’entre eux, emporté par mon enthousiasme, je crie si fort que 3 spectateurs, des apprentis du lycée proche s’enfuie à toutes jambes comme un vol de perdreaux. Le staff au grand complet et les voiles colorés des secrétaires foncent voir se qui se passe. Tout le monde observe le cours avec curiosité et même un peu de gourmandise. Les stagiaires rigolent enfin et se lâchent un peu. Ils osent faire des choses et proposer des gestes, aller au delà  de leurs limites. Je les encourage, je fais attention à ce qu’ils ne se mettent pas en danger. Belle journée de formation sous un beau soleil d’Algérie. Nous rentrons par les bosses et les collines d’Alger. Lâchant nos passagers un à un comme des petits cailloux sur le bord de la route. Nous sommes tous émus d’entendre à la radio qu’un groupe d’enfants en jouant à Sadam Hussein a commis l’irréparable, l’un d’entre eux est pendu !quelle horreur ! quel gachis ! Le reste du voyage est morose. Je rentre à l’hôtel, je me gorge de la vue d’Alger. commence alors un étrange concert des minarets de la ville montent l’appel à la prière, des bateaux qui sortent de la baie, répondent des cornes de brume. Magnifique vacarme auquel les mouettes ajoutent leur échos. Allez demain sera une autre lune !

Violence

Dernier jour de la semaine. Aujourd’hui le thème qui m’inspire c’est la violence. Tout d’abord une jeune femme de djijel nous fait le récit de sa visite chez un client. Surprise, c’est un barbu qui l’accueille. cela lui fait tout drôle de parler avec une personne qui a peut être aux « turbulences de la décennie »  comme on appelle pudiquement l’espèce de guerre civile. La guerre d’Algérie aussi avait été euphémisée on parlait alors des événements. Un autre stagiaire enchérit. Il parle du jour ou un ancien émir repenti du FIS pénètre dans la délégation de la formation professionnelle, et toutes les femmes de fuir à la vue du barbu en hurlant de frayeur comme si elles avaient croisé un djin malveillant ! je parle de tourisme, de visite des sites naturels, de la « grotte merveilleuse » ou des ruines romaines de Tipaza. La dame de djijel m’explique alors que ceux de bejaia attrapent deux à trois terroristes au début de la saison touristique car cela détourne les touristes de djijel vers Bejaia. Je sens un peu de rivalité, je préfère parler d’autre chose. Ils me parlent alors des émeutes en France et des propose de sarkozy. Je suis d’accord sur nombre de points mais je défend (une fois n’est pas coutume) le petit sarko, car lors des émeutes, il n’y a pas eu de morts, et ce n’était pas gagné. A midi Ahmed Mezaoui a organisé un repas avec l’inspecteur général d’académie. Un personnage important  dans le monde de la formation. Nous devisons en traversant une forêt de cyprès et d’orangers. un paradis. Voyez me disent les deux hommes, cette route était il y a quelques années encore un coupe gorge ! nous déjeunons d’une soupe de sardine, d’un tajine de beuf fritte pois chiche et d’un poisson. L’orange en dessert est succulente. Rien à voir avec de la loubia (plat de fêves dont se nourissent les pauvres gens. La journée se passe. Au cours d’un exercice de négociation,  une dispute (calme je vous rassure) éclate sur quelle est la ville qui fait le meilleur couscous. C’est celui de Bejaia ! non  celui de constantine, celui d’Alger est plus réputé, dans le sud il est bon aussi. Je constate qu’il y a autant de région que de couscous ou l’inverse ou l’inverse, la matière est trop sérieuse pour poursuivre. Tout le monde a raison vive le couscous ! ce soir il y a un match de foot dans un stade de 70 000  places mais 100 000 personnes en réalité. L’affiche est de taille le Gouleya d’alger rencontre la fiorentina. Le mini bus nous ramène à travers une masse de jeunes qui chante, klaxonne, coupe en courant les files de voitures. C’est dangereux, l’ambiance me paraît bouillante. Violence encore. El watan titre sur une association Algérienne qui demande réparation à la France pour des crimes de guerre. Un stagiaire fait une blague douteuse sur les réglements de compte. J’avale sans broncher. Je ne me sens absolument pas responsable de ce qu’ont pu faire de mal d’autres français dans le passé. Demain c’est jeudi, premier jour de weeck end. Début des festivités « Alger capitale du monde arabe un  grand défilé doit avoir lieu de la grand poste à la place des martyrs. Mezaoui ne veut pas me laisser seul. Il délègue l’un de ses cadres pour m’accompagner dans la ville et éviter que je n’aille dans les mauvais endroits, peu sûrs pour les étrangers. »Monsieur  Denis, me dit il (« monsieur denis » c’est mon nom ici), demain vous allez visiter Alger mr Salah va vous accompagner. Il me dit cela avec le visage souriant et joufflu de quelqu’un content de sa bonne surprise. Merci mezoui et inch allah !

 

 

 

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