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Publié par CRISTOL DENIS

La littérature documente bien les expéditions apprenantes : benchmarking en anglais ou parangonnage en québécois. Dans ces voyages ponctuels il s'agit de rencontrer une ou plusieurs institutions, et d'apprendre par un questionnement sur une pratique remarquable, ou par des rencontres étonnantes. L'intérêt à explorer est construit avant le départ ou à l'occasion des rencontres sur place. Le dépaysement, le fait de se trouver en groupe avec des pairs partageant le même voyage renforce la curiosité, le plaisir d'apprendre. L'éloignement des affaires habituelles autorise de prendre un temps de distance et de réflexion et de revenir au fondement de son activité professionnelle.

A l'issu d'un voyage de 5 semaines au Québec je propose de décrire mon expérience comme ce que je baptiserai une "résidence pédagogique", qui me semble aller plus loin et plus en profondeur qu'une expédition apprenante. C'est un peu le même concept qu'une résidence artistique accordé par un sponsor (j'iai été mon propre sponsor) à un ou plusieurs artistes pour produire une œuvre.

Un voyage est l'organisation de se décentrer, de se remettre à écouter en profondeur. Pour moi, il a nécessité une préparation de 4 mois, au cours desquels, j'ai pu identifier des institutions, des lieux, des personnes à rencontrer. Ce temps préalable est une tension vers un objet qui prépare les rencontres. La résidence pédagogique se distingue du benchlearning par sa durée et par une immersion plus en profondeur dans les pratiques que l'on cherche à pénétrer. Elle autorise à se glisser dans les interstices, qu'il est impossible de percevoir dans un temps trop court. Elle permet à la durée de faire son ouvrage et de s'approcher des mentalités, de la culture sous-jacente à une pratique pédagogique, au delà du seul mode d'emploi. Choisir une saison, comme l'hiver au Québec (l'hiver 2015 a été le plus froid depuis 115 ans), expose à la difficulté mais permet aussi de comprendre comment chacun fait avec les difficultés et apprend à s'adapter.

Le parti pris d'une telle résidence est selon moi le "oui inconditionnel" aux expériences locales. Il s'agit d'apprendre à s'abandonner au lieu qui vous accueille. En 5 semaines, j'ai pu écouter 52 expériences d'apprentissages de professeurs, entreprises, consultants, conseillers formation, dirigeants, animateurs de communautés, chercheurs, institution publique éducative, participer à des assemblées d'association, à des formations et des conférences. Si mon programme était constitué à hauteur de 20%, il s'est construit au fur et à mesure par rebond et opportunité. Il m'a conduit à accepter des invitations d'activités, à découvrir des régions et l'environnement naturel (moins en touriste qu'en personne vivant un temps dans le pays), à résider chez les personnes rencontrées, à manger autre chose, à vivre d'autres horaires, à accepter de perdre pour partie mon intention initiale pour capter d'autres visions.

L'apprentissage est souvent décrit comme un conflit socio-cognitif, au cours duquel les différences de vues font progresser chacun. Il est aussi possible d'adopter une autre approche et de prendre ce que l'autre nous dit au pied de la lettre. Capter l'essence d'une expérience passe aussi par son acceptation inconditionnelle. Ce qui m'est dit est formidable, adapté unique. J'oublie mes croyances je prend tout, je m'en nourris. Pour pousser le plus loin cette posture, j'ai pu préparer des questionnements individualisés (facile avec internet on a plus d'informations disponibles), mais surtout méditer 10 à 15 minutes pour ouvrir complétement mon esprit avant chaque rencontre. Le fait de disposer d'une acculturation plus forte grâce au temps long de la résidence permet d'aller vers plus de nuance et de dépasser la description technique d'une approche pédagogique pour en comprendre les racines profondes.

Si la résidence artistique a pour objectif la réalisation d'une œuvre, ou d'une exposition, j'ai opté pour la rédaction d'un livre. Cet objectif permet de se laisser flotter dans les rencontres tout en gardant un fil directeur. L'agrégation d'informations, leur mise en forme permet de finaliser l'apprentissage, mais aussi de garder des liens avec les personnes rencontrées.

La résidence pédagogique est donc pour moi une forme de voyage fait d'intériorité (il remet en cause) et d'altérité, je le recommande à tout professionnel qui s'intéresse à son sujet comme un moyen d'aller plus loin et de tisse des liens avec d'autres professionnels.

Un immense merci à tous les amis québécois qui m'ont ouvert, leur cœur, leur maison et m'ont accordé leur temps précieux.

La résidence pédagogique : une nouvelle façon d'apprendre?

Commenter cet article

Anne Pallatin 06/03/2015 13:48

Bravo pour cette riche initiative... Résidence, oui, et cela me fait aussi penser à une "retraite" ou un "pèlerinage", termes plus désuets, mais au sens et la pratique très semblables...
On attend le livre !

CRISTOL 06/03/2015 13:54

Merci pour l'idée de la retraite ou de pélerinnage, il y a de cela. Je pense avoir de la matière pour écrire un ouvrage sur le thème "Apprendre ensemble"