Publié par CRISTOL DENIS

 

 

 

La perspective de développer une culture de l’apprenance et des attitudes proactives de la part d’apprenants conduit à interroger la façon dont sont conçus les environnements apprenants.

 

Par environnement apprenant nous comprenons la combinaison  de trois dimensions :

  1.  Le rapport à la connaissance,
  2.  Les lieux et moments propices à l’expression de la connaissance,
  3.  Les interactions humaines qui portent la connaissance.

Ces trois dimensions vont être explorées et mises en regard d’exemples concrets.

Le rapport à la connaissance dans une perspective énactive

La réflexion sur les caractéristiques des environnements apprenants à suivre part d’un regard porté sur la connaissance. Elle s’inscrit dans une épistémologie phénoménologique de la connaissance dans laquelle l’action est le moteur et le résultat de l’apprentissage. Le parti pris retenu admet d’une part, que l’on connaît ce que l’on éprouve et d’autre part, que nos sensations nourrissent notre entendement. Dans le même temps, ce qui nous est donné à connaître par nos sens peut faire l’objet d’analyse. Lorsque les intuitions issues de nos sensations et les concepts se rencontrent la compréhension des phénomènes grandit. Des processus d’inférence s’enclenchent par induction ou par déduction.  Simultanément, l’action nous motive et nous enseigne. Plus encore, l’action place à portée de chaque individu de nouveaux objets de connaissance.  Il est même possible de distinguer plusieurs zones distinctes de connaissance. « Ce que connaît la main » diffère de ce que connaît l’œil. La main et les objets saisissables à portée constituent  un tout.  Avec les neurones-miroirs, Rizzolatti, chercheur en sciences  cognitives montre des holomorphismes entre la pensée et l’action. Les mêmes groupes de neurones sont activés chez celui qui agit et celui qui voit l’action. Dans cette perspective énactioniste, l’individu est lié à l’environnement. Il y a un lien étroit entre le sujet et l’objet de l’entendement. L’entendement est alors la façon dont l’objet prend forme dans un ensemble.  Quand un individu se déplace, la distance à l’objet change. Toute action induisant un déplacement transforme l’objet de la connaissance. Le sujet et l’objet sont liés et non disjoints car l’environnement est autant dans le sujet que dans l’objet. Cette perspective souligne l’importance de la situation. La situation peut se définir comme la rencontre d’un lieu, d’un moment et d’un ensemble d’interactions humaines. Trois exemples d’environnements apprenants vont illustrer ce propos.

La galerie 104 : lieu d’émergence créative

GALERIE-104.jpgLa galerie 104 est un lieu hybride qui se situe dans le XIXe arrondissement de Paris. L’histoire du lieu imprègne l’ambiance. Le bâtiment a été créé en 1873 et appartenait au diocèse. Il devient propriété de l’état qui le transforme pour y établir le service municipal des pompes funèbres qui devait être rendu à chacun quelque soit sa condition. Jusqu’à  1400 collaborateurs ont investi les lieux. L’implantation de la galerie 104 dans le  quartier du bassin de la Villette, en pleine réhabilitation, offre une nouvelle énergie et de nouvelles fréquentations au lieu. Il est pour moitié lieu de culture pour moitié lieu d’associations. Il rassemble dans un arrondissement métissé, une variété d’intentions. Une intention d’exploration s’exprime dans des installations d’art contemporain. Une intention sociale s’exprime aussi. Le bâtiment abrite des alcôves dans lesquelles des compagnies de danseurs amateurs s’agglutinent et s’entraînent.  A proximité se côtoient des performances de hip-hop, un jardin d’enfants, une librairie engagée, une scène de musicien, un labyrinthe éphémère de carton, un restaurant tenu par un chef étoilé, un échange libre de livres, un dépôt des chiffonniers d’Emmaüs. L’ensemble construit un tableau  chamarré, bruyant et coloré. La galerie 104 offre une multiplicité de choix et d’ateliers pour tous les âges. Des ateliers artistiques gratuits ou payants, improvisés ou non se succèdent. Ils attirent des publics différents. Les intentions artistiques plus élitistes rencontrent les projets d’associations et d’artistes locaux qui peuvent louer des espaces d’expression pour des sommes modiques. Cet environnement est conçu pour la création et l’émergence de projets plastiques, théâtraux ou musicaux. Il autorise des rencontres. Il  promeut des courants divergents. Il accueille des idées, leur fait l’hospitalité. Il incite à être attentif à des sons. Il ouvre à la remise en question. Il incite à la critique. La cohérence du lieu est le fait de son insertion dans un espace social et un territoire populaire. Il porte en soi le symbole d’un renouveau. Il se tourne vers le futur.

Un incubateur  au cœur d’une grande école

INCUBATEUR.jpgCet incubateur a été conçu au cœur d’une école de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris Advancia (aujourd'hui Novancia). Il est situé dans un quartier central de la capitale. Il a souvent été présenté comme le cœur de l’école par ses promoteurs. Il est aussi bien destiné aux étudiants de la grande école qu’aux porteurs de projets externes sélectionnés sur la qualité de leur ambition entrepreneuriale. Il vise à préparer les futurs entrepreneurs dans la création d’entreprises sociales, technologiques ou artistiques. Il permet de socialiser de futurs entrepreneurs aux postures spécifiques de l’entrepreneuriat. L’incubateur assure une connexion forte entre les membres de l’école et le monde des affaires. Les liens sont constitués par le truchement d’une multiplicité de relations avec un réseau de business-angel, des dirigeants en activité, un club d’entrepreneurs, des associations professionnelles connectées au monde de la création d’entreprise. Des accords sont passés avec des hôtels d’entreprise pour faciliter les premiers pas des jeunes pousses. Les « gazelles », entreprises à fort potentiels,  sont orientées vers des programmes de mentorat entrepreneurial. Des événements au sein de l’école alimentent le calendrier des porteurs de projets, conférences, témoignages  de dirigeants, journée  de l’entrepreneur, challenge de création d’entreprises en « 24 h chrono », crash-test des projets auprès de vrais dirigeants et banquiers. Non seulement les porteurs de projets sont placés dans cet environnement nourricier, mais ils bénéficient aussi de programmes spécifiques d’incubation ou de pré-incubation selon l’avancement de leur projet. Un système de coaching élaboré permet de « prendre soin » de l’écologie du projet du futur entrepreneur.  L’environnement proposé est riche d’interactions humaines et se nourrit des événements et des rencontres avec la variété des personnalités fréquentant l’école, chercheurs chefs d’entreprises, coach, autres entrepreneurs. En tant que lieu de vie ouvert sur le monde local, national et même international, l’école offre un cadre propice à l’émergence puis à la maturité d’idées nouvelles.  Cet environnement est conçu pour étayer la motivation des porteurs de projet, les aider à défricher et avancer plus vite et plus sûrement dans la création d’entreprises innovantes.

La cité des sciences et de l’industrie

CITE-DES-SCIENCES-ET-DE-L-INDUSTRIE.jpgLa cité des sciences et de l’industrie est installée dans un ancien quartier ouvrier au Nord de Paris. Elle est portée par une grande ambition culturelle et technologique. Il s’agit de faire se rencontrer le grand public et des équipements permettant de se familiariser avec la science et l’industrie. De multiples activités sont rassemblées : expositions scientifiques, colloques, débats, cinéma d’avant-garde, activités d’initiation pour les enfants plus jeunes à la science et aux métiers. Dans le même lieu, pôle emploi, réseau information VAE et service d’information sur les formations initiales et continue sont regroupés. A proximité, des lieux d’agrément, des cinémas, des jardins, des restaurants et d’autres espaces d’exposition  et de conférence thématiques complètent l’ensemble. Cité des sciences et de l’industrie et  cité des métiers se font écho dans l’intention de découvrir le monde y trouver du sens et y prendre sa place. Là aussi, une variété d’acteurs se croise : chercheurs, étudiants, conférenciers, visiteurs peuvent fréquenter la même médiathèque, partager des instants ensemble. Le lieu propose une multitude  d’espaces et de programmations qui sont autant de tentations, et permettent surprise et étonnement. Cet environnement prend toute sa force d’un flux de visiteurs et de  motivations  singulières. L’offre dense concourt à attiser la curiosité et l’envie d’en savoir plus. Les curieux ont loisir de devenir des amateurs qui ont la possibilité d’aller jusqu’à se transformer en professionnels.

 

Les Fab Labs ou Living Labs 

living labLes living Labs ou les Fab Labs sont des lieux qui hybrident et enrichissent des lieux traditionnels comme une médiathéque dans le premier cas ou un laboratoire technique d'école ou d'université dans le deuxième cas. Ils développent les communautés en offrant une multiplicité de service autour du premier besoin. Ces services de convivialité, de mise en contact, de découverte, d'esthétique, d'orientation, de conseil permettent d'enrichir le sens d'une expérience. Le rassemblement et le mélange de communautés produit en outre des effets d'innovation, et de prise en main par soi-même de ses choix, de lecture et de découverte de connaissances dans le cas des living labs et de création d'objets et d'usages numériques ou technologiques dans le cas des Fab Labs. Cette nouvelle façon de penser le service comme une méthodologie plutôt que comme un lieu transforme la destination du projet. Il permet de passer d'un modèle centré sur l'utilisateur à un modèle dirigé par l'utilisateur.

 

 

 

Les points communs de ces environnements apprenants

Ces environnements sont apprenants car ils sont pensés pour stimuler l’envie d’apprendre et créer les conditions de s’engager. Pour cela plusieurs caractéristiques sont combinées :

-          L’orientation vers les tendances futures, l’anticipation, les dernières avancées techniques aide les utilisateurs à se projeter  dans le futur

  •  Les intentions des promoteurs finissent par s’enrichir au fur et à mesure que le lieu vie
  •  Les idées reçues y sont bousculées
  •  Le flux de public et le mouvement continue dégagent une énergie favorisant l’action
  •  La variété des visiteurs et intervenants sont maximales
  •  Les  intervenants sont soit salariés soit bénévoles ce qui offre un mélange de passion et de professionnalisme
  •  Les interactions humaines constituent un réseau dense
  •  La découverte et le plaisir sont le moteur de la curiosité
  •  La présence d’une multiplicité de goût, de couleur, de mouvements, de formes constituent autant de stimulation
  • Les lieux sont plurifonctionnels
  • Les choix d’activités libres ou programmées renforcent le sentiment de maîtrise
  • Les activités proposées incitent à être plus acteurs que spectateurs
  • La fréquentation de ces environnements incite au récit une fois l’instant passé

La façon d’apprendre dans de tels environnements tient de l’apprentissage informel. Elle est marquée par :

 

  • Le brassage des idées et des personnes
  • L’imprégnation et la coaction dans les activités proposées
  • L’imitation, la copie, le décalage
  • L’emprunt, le détournement, l’improvisation
  • Le mélange des codes et des sens
  • Les flux de propositions, les stimulations multiples, les aléas
  • Le bricolage, le réemploi, de temps, de sens, de matière
  • La surprise, la découverte, l’inattendu
  • La prise de décision
  • La circulation des idées

Ces lieux forment comme des nœuds qui attirent les activités, l’inspiration ou les idées nouvelles. Ils sont des attracteurs d’énergie de sens au service de la créativité, de l’entrepreneuriat ou de la diffusion d’une culture technique. L’effet de rassemblement de personnes et d’activités produit une accélération dans la maturation des projets. Ils agrègent des informations et rendent visibles de nouvelles formes. Ils ont toutes les caractéristiques de la sérendipité, c'est à dire qu'ils facilitent la créativité par la rencontre de l'intelligence et du hasard.

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Jmarcfj 13/07/2012

Tant je partage intégralement le point de vue exprimé, tant je considère que l'écosystème de l'apprenance ne doit se limiter à un incubateur

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