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Publié par CRISTOL DENIS

L’histoire des pédagogues formant école, montre que des courants de pensée, des essais pratiques, des recherches cliniques, ou à visées philosophiques voulant transformer le monde, deviennent parfois, sans obligatoirement poursuivre un tel objectif, sans y mettre une telle définition, de véritables communautés d’apprentissage. Des mouvements traitant des relations humaines, de la communication, de l’émancipation[1] poursuivant l’établissement d’autres rapports entre les hommes glissent ainsi vers une dimension communautaire. A force de rechercher des solutions pratiques ensemble, de réaliser de façon récurrente des ateliers de formation, des praticiens visant les mêmes finalités sans en avoir l’air forment une communauté. Les participants au mouvement mettent en commun leurs découvertes, leurs pratiques, leurs difficultés et se sentent membre d’un réseau. Ils sont liés par l’utilisation pratique qu’ils font de ses apports. Les temps passés entre les membres, les formations aux mêmes outils, aux mêmes protocoles relationnels renforcent le sentiment d’appartenance. Ils appartiennent à un réseau de professionnels, auxquelles les valeurs d’une pratique apportent un supplément de sens à leur travail surtout quand les praticiens se réunissent pendant de longues années (6 ans à 17 ans pour certains praticiens rencontrés). Incidemment le réseau aux relations lâches et ponctuelles devient communauté partageant la même enveloppe culturelle.

Si nous prenons le seul exemple du co-développement professionnel initié au Québec. Le mouvement s’est développé en une vingtaine d’année. A partir des premières expériences conduites dans le domaine de la santé et pour des gestionnaires. L’ouvrage d’Adrien Payette et Claude Champagne sur « Le groupe de co-développement professionnel » a facilité le repérage des nouvelles pratiques et l’intégration des nouveaux membres. Yves Saint Arnaud, grand pédagogue québécois, dans la préface de cet ouvrage écrit « Il n’y a rien de plus fascinant, dans le travail intellectuel que d’assister à la naissance d’une nouvelle tradition ». Cette tradition a notamment été l'objet d'une édition spéciale en 2001 de la revue Interaction de l'université de Sherbrooke qui racontait quelques 17 expériences de codéveloppement et et d'un colloque international en 2011. Actuellement, l’association québécoise du codéveloppement[2] réunit plus de 175 praticiens. Les étapes de montée en puissance de l’intérêt commun sont passés par l’apport significatif d’un ou de plusieurs maître à penser et/ou maître d’œuvre qui ont dessiné une perspective et ont partagé concrètement avec d’autres. Les premiers groupes de pionniers ont permis de tester les configurations et protocoles relationnels. Chacun apprenant à se dépouiller de ses défenses et à partager avec les autres ses situations problèmes pour parvenir à des apprentissages en double boucle. Lorsque, la vision et les enseignements associés, ont reçu un écho favorable, un noyau dur de la communauté se crée. Les premiers forment les second, échangent avec eux, augmentent la portée de leur intuition grâce aux échanges horizontaux qui s’établissent. Des perspectives nouvelles sont explorées dans toutes les étapes de l’approche de formation. Par exemple le co-développement a pu évoluer de la résolution de problèmes individuels de gestionnaires à un moyen de changement organisationnel. Des formateurs de formateurs, garants des pratiques découvertes, se détachent. L’enveloppe culturelle se renforce peu à peu. Elle déborde de la pratique ou théorie initiale pour gagner le champ des relations personnelles, des manières d’être ensemble. Des usages et des rituels se créent. Un langage spécialisé se consolide. Des ouvrages puis les textes des membres viennent cristalliser les découvertes et deviennent des points de repères.

Dans le cas du co-développement le succès a précédé la création d’une association à but non lucratif. Le besoin de la communauté s’organise. Des fonctions spécialisées se mettent en place pour accueillir les nouveaux membres, pour porter et diffuser les messages dans une variété d’enceintes. La communauté est d’autant plus solide que ses membres ont en partage des repères professionnels. Dans le mouvement de co-développement québécois, nombre de praticiens sont issus ou ont fréquenté le monde de la santé, en plus des repères du co-développement, ils disposent de repères implicites originaires de ce monde professionnel.

Le co-développement connait un grand succès une association Française a même précédé l'association québécoise.[3]

Illustration d'une séance de codéveloppement

[1] Pour n’en citer que quelques-unes : la Communication non-violente de Marshall Rosenberg, l’approche Coach and Team de Vincent Lenhardt, ou le Co-développement d’Adrien Payette et Claude Champagne.

[2] http://aqcp.org/_home

[3] http://www.afcodev.com/

Quand une école de pensée devient-elle une communauté d’apprentissage ?Quand une école de pensée devient-elle une communauté d’apprentissage ?

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