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Publié par CRISTOL DENIS

 

 

images 039Le tutorat est amené à se développer comme une forme essentielle d’accompagnement des personnes. Plusieurs causes expliquent l’expansion de la fonction. Tout d’abord l’accélération des changements d’organisations et de métiers, liée à des évolutions de technologies ou de marchés. La démocratisation des formations en alternance à l’enseignement supérieur. Ensuite les effets incitatifs de la loi qui impose des tuteurs ou maître d’apprentissage et propose des mesures financières. Le retournement démographique et la nécessité de transfert de savoir entre des salariés anciens et d’autres plus jeunes. Le tutorat se définit comme un apprentissage individualisé avec un professionnel compétent se centrant sur le transfert de ses propres compétences. Les modalités d’apprentissage dans lequel le tutorat joue un rôle sont variées et mixent des stages en présentiel, des formations individualisées, du e-learning, des formations intégrées au travail, des formations en alternance, de l’auto-formation, des cours du  soir, des formations mixtes ou ouvertes et à distance. Les tuteurs assument des rôles divers dans ces conditions d’apprentissage. Avec un appui régulier aux dispositifs alternés : apprentissage (1919)[1], alternance sous statut scolaire (1979), les stages de formation alternée type : Crédit Formation individualisée ou programme PAQUE (1982), les contrats d’insertion en alternance (1983), les contrats d’orientation, d’adaptation ou de qualification (1985), et aujourd’hui de professionnalisation (2003), le législateur a permis que des pédagogies de l’alternance se mettent en place. Avec les expériences accumulées des points clés sont identifiés. Il s’agit de disposer de cibles de professionnalisation, d’élaborer une pédagogie de projet, mobilisant les apprenants et leurs formateurs, de rendre possible une variété de situations d'apprentissage, d’organiser l'apprentissage de la réflexion sur les pratiques professionnelles et les façons d'apprendre, de favoriser l'évaluation des ressources mobilisée et des compétences, de disposer d'un dispositif de pilotage régulant l'interaction et enfin d’organiser la capitalisation des acquis.  Le développement du tutorat est de nature à accroître la qualité et l’efficacité des actions conduites dans le cadre de dispositifs de formation en alternance (contrat et période de professionnalisation, apprentissage) à la condition que les tuteurs puissent intégrer des missions d’accueil, d’aide, d’information et soient en capacité de guider les bénéficiaires des contrats et périodes de professionnalisation pendant la durée de l'action. L’Accord National Interprofessionnel du 20 septembre 2003, pointe la possibilité de reconnaître les formations en situations de travail et fait évoluer la référence classique au stage ou à l’action de formation sur laquelle est fondé le système de financement et de contrôle de la formation.. Il est possible de construire une typologie des tutorats en fonction des problématiques abordées. Deux axes correspondant à deux missions sont utilisés pour classer les tutorats. Selon que la mission vise essentiellement la socialisation ou la  transmission de connaissance, le choix du type de tuteurs sera différent. En fonction des publics, des dispositifs ou des situations une diversité de tutorat peut être activée, voir même combiné. A chaque type de tutorat correspond des missions spécifiques.

 

Tuteur hiérarchique

Organiser les transferts de tâches

Construire les phases d’apprentissage

Assigner des objectifs

Déléguer les missions d’accueil, d’apprentissage

Evaluer et conduire l’action

Tuteur de compétences

Transmettre des gestes des savoir-faire professionnels

Chargé d’accueil

Accueillir, intégrer, guider dans l’environnement de travail

Faire le lien entre l’intérieur et l’extérieur de l’entreprise

Tuteur méthodologique

Aider à la construction du raisonnement, de la pensée

Guider dans la rédaction d’un écrit professionnel

Tutorat d’équipe

Favoriser l’intégration dans le collectif

Tutorat de médiation NTIC

Rendre autonome dans l’utilisation des outils d’apprentissage

Tuteur expert

Transmettre son expérience à d’autres tuteurs, au sein de l’entreprise

 

Enfin, un nouveau type de tuteur émerge. Il s’agit du manager coach. Celui-ci est souvent un manager opérationnel. Le sens de son travail évolue pour passer du rôle de contrôleur administratif à celui de coach apportant un soutien. Sa valeur ajoutée réside dans sa capacité à fournir le soutien et la coordination nécessaires pour que les unités profitent des avantages dont bénéficie une grande entreprise. Il est aussi appelé à contribuer au développement des individus  et les soutenir dans leurs activités et à faciliter les liens entre connaissances compétences et meilleures pratiques. Définir les objectifs du tutorat nécessite de poser un diagnostic de l’entreprise. Le tutorat est un moyen d’intégrer et fidéliser les nouveaux collaborateurs, c’est aussi le moyen d’accompagner les changements technologiques organisationnels et d’environnements du marché, de former les collaborateurs touchés par une évolution de leur emploi, de développer le maintien en activité de publics prioritaires, de développer le professionnalisme. Le choix des tuteurs conditionne le succès de l’accompagnement. La fonction et le statut de la personne, ni même le nombre d’années d’expérience ne sont des conditions qui garantissent une réussite. Plusieurs critères sont avancés : la capacité à expliquer clairement les concepts et problématiques techniques, l’attitude d’écoute, le style de management, l’expérience antérieure  de tutorat et la réussite dans l’accueil de nouveaux  sont des qualités à rechercher. Plusieurs indices sont utilisés pour identifier des tuteurs, le charisme, la prise en charge de missions transverses la participation à des groupes projets, les résultats des entretiens annuels d’évaluation ou l’image d’expertise auprès de ses pairs. Enfin le choix va dépendre du niveau des stagiaires à encadrer et du type de savoir à développer. Chaque niveau étant centré sur des types d’apprentissage différents :

·        Niveau V (niv CAP, BEP) le rôle du tuteur est centré sur la transmission de savoir-faire et sur l’apprentissage des tâches

·        Au niveau IV (bac pro) apprentissage des tâches et résolution de problèmes

·        Au niveau III apprentissage de savoir professionnel

·        Au niveau II et I apprentissage de théories d’action

 

La formation des tuteurs contribue à la réussite des accompagnements. Une préparation au tutorat passe par la capacité à porter un regard distancié sur son activité professionnelle, sur sa façon de se former, sur ses relations avec l’apprenant sur sa façon d’évaluer les progrès.  La formation des tuteurs prend différentes formes comme,  les faire participer à des groupes de progrès, à des projets transverses, des groupes d’échange de pratiques, ou à une formation, à la communication ou au développement personnel. Un des points clés est aussi de leur donner accès aux informations sur la vie de l’entreprise pour qu’il acquière une vision globale de l’entreprise. Faire évoluer l’organisation du travail dans le service de la personne facilitera l’exercice de l’accompagnement. A cet égard la proximité physique joue un rôle essentiel. Il existe un grand nombre d’outils aide au tutorat, en 2002, CENTRINFFO[2] en a recensé 131 dans un guide technique. Des branches professionnelles ou des OPCA développent des services en ligne pour le bénéfice de leurs affiliés. L’expérience montre que c’est lorsque les tuteurs construisent eux-mêmes leurs outils qu’ils adoptent une posture réflexive sur leurs pratiques et s’approprient la démarche, le rôle et la relation. Deux catégories d’outils se distinguent des outils de transmission de savoir, de compétences…et des outils qui mettent en communication les tuteurs et agents de la formation. Le manager coach fait apparaître des outils issus du coaching qui incite les tuteurs à exercer un questionnement et une guidance. Les contraintes du tutorat sont observées mais ont fait l’objet de peu de recherches. Le tutorat exacerbe les contradictions internes, on peut lui reprocher de consommer du temps, et d’offrir peu de reconnaissance financière aux tuteurs. Il est nécessaire de prendre en compte  la dimension affective pour constituer les couples apprenants-tuteurs. Le tutorat pointe les équilibres délicats entre un objectif de production et objectif d’apprentissage. Enfin il peut entraîner des transmissions de pratiques non validées.  Le tutorat s’évalue sur trois plans. Tout d’abord sur l’apprenant, il est possible de constater les connaissances et compétences acquises, la mobilisation, la modélisation, la qualité de la guidance dans la prise d’autonomie et la motivation. Bien sur des évaluations formatives sont réalisables. Le tutorat a des effets sur les tuteurs L’exercice du tutorat produit une reconnaissance du professionnalisme. Le tutorat favorise un développement personnel et  un changement de l’image du tuteur au sein de l’équipe. Le tutorat permet une prise de recul sur son savoir-faire. Le challenge du tutorat contribue à redynamiser et remotiver les tuteurs. Enfin, le tutorat produit des changements : c’est un moyen d’implantation de processus d’évaluation ou de renouvellement des systèmes de recrutement, une modalité de conduite et d’animation des processus de formation en alternance Le tutorat permet aussi une première réflexion sur le management de proximité. Il est utilisé avec succès pour faciliter  la gestion des seniors qui sont invités à analyser leurs pratiques et partager leurs compétences. Il est une occasion de capitaliser des savoir et de renforcer quand elle existe une approche Knowledge management. Le tutorat est en train de connaître une nouvelle maturité. Il se développe par le champ de la professionnalisation. Les techniques et outils initialement développés pour les jeunes s’adaptent à de nouveaux publics, techniciens, salariés en période de professionnalisation, managers en cours de promotion. Les entreprises perçoivent qu’au-delà de la logique d’accompagnement, le tutorat est le premier maillon d’une capitalisation des connaissances, et d’un effort réflexif sur la façon d’apprendre et de transmettre. Avec le manager coach, nouvelle déclinaison du tutorat, une rénovation des approches managériales s’enclenche dépassant le transfert de savoir et s’intéressant à l’émergence de nouveaux comportements et compétences relationnelles. Compétences qui deviennent les principaux avantages concurrentiels des entreprises de plus en plus soucieuses de répondre aux attentes de services exprimées par leurs clients.



[1] La loi Astier institue le plus ancien système de formation alternée en France

[2]coordonné par Françoise Gérard, Le guide des outils du tutorat en entreprise, Centrinffo, Paris 2002

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