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Publié par CRISTOL DENIS

Pierre Giorgini a fait de la fulgurance sa marque de fabrique. Il décline cet adjectif en le mêlant aux lieux et aux nouvelles façons d’habiter. Mais il ne restreint pas l’idée de lieu à celle d’espace. Si lieu n’est composé qu’en 4 lettres L I E U la plurivalence des sens est immense. Pour lui de la même façon que nous avons assisté à un « crépuscule des dieux » façon ode Wagnérienne, nous assistons à un « crépuscule des lieux ». Les enjeux sur les lieux sont immenses tellement internet et des entreprises de type Google ont leur idée des transitions à opérer entre cité valorisant l’entre soi et transhumanisme. Google se nourrit tellement de nos données qu’un chercheur en humanités numériques tel que Pierre Mounier affirme « Google nous appartient ». Il existe pourtant des tiers chemins vers la transition, dont les tiers lieux pourraient être les bornes. A moins que la glocalisation ne soit cette interaction sauvage entre le local et le global qui a donné le dérèglement Daesh et son cortège de haine. A moins encore qu’à la reterritorialisation s’associe une recorporation des individus. Mouvement parallèle et se nourrissant mutuellement où l’individu et les territoires reconquièrent de la substance. L’auteur présente les avantages de robustesse et de résilience d’un système maillé, bien qu’hiérarchisant des nœuds d’influence entre eux. Tout se passe comme si une nouvelle combinatoire se mettait en place entre système hiérarchique et de consommation et système en réseau maillé. Il s’appuie sur la théorie de l’acteur réseau qui considère comme partie prenante les humains et leurs discours, mais également les animaux et les objets dont l’ensemble interconnecté constitue un réseau. Si dans son ouvrage « La fulgurante recréation », l’auteur esquissait les pistes d’une recréation du monde, à l’occasion d’une transition fulgurante, il pointe désormais des visions antagonistes entre  « Notre ambition est de créer le meilleur des mondes » proclamée par Eric Schmidt PDG de Google (rien de moins qu’une allusion à la dictature technologique décrite par Aldous Huxley paru en 1932) et un héritage de 10 000  ans de sagesse humaine faite d’histoire des religions, de philosophie d’une proximité à la nature, une coopération plus grande. C’est probablement dans de nouveaux lieux créateurs de sens (et non de lieux communs) qu’un dialogue entre ces visions peut s’établir. Du reste l’auteur rappelle l’importance des espaces transitionnels ni dedans, ni dehors, le monde du jeu de l’imagination créative. Il pointe l’asséchement de l’esprit lié au scientisme et le besoin d’évasion et de transcendance. Le temps et l’espace sont les conditions de révélation des humains à leur propre conscience. Ils n’existent que parce qu’ils s’éprouvent en vivant. Il est impossible à la science actuelle de dépasser l’espace et le temps comme il est impossible à un coureur de se dépasser lui-même. La science est partie prenante de l’observation et ne sait que réduire le réel. Pourtant les humains sont une espèce spécifique disposant d’une conscience de leur interaction avec leur environnement. C’est probablement toutes ses imperfections et fragilités physiques qui ont conduit l’humain à devenir ce qu’il est. L’organisation des connexités entre ensemble humains basées sur des espaces géographiques et socio-culturels constitue un système déterminé par les distances physiques. Avec internet les distances entre les idées mutent il s’agit désormais d’une cybernoosphère. Or ce qui avait caractérisé la transformation de la biosphère (monde du vivant) et la noosphère (monde des idées) à savoir mobilité, coopération/compétition et reproduction) va aller beaucoup plus vite par un changement d’échelle sans précédant. Les frontières du temps et de l’espace sont remises en question, les lieux deviennent transitoires, volatils, hybrides, décorporéisés, virtuels. Tout ce passe comme si les lieux n’étaient plus habitables mais seulement traversables, et ceci est aussi valable pour les lieux intérieurs, les lieux réels comme virtuels, créant au passage une dichotomie entre ceux qui habitent et ceux qui traversent. Il existe un éclatement des lieux et de leurs fonctions, et de la façon de les vivre. Des lieux de résidence, des lieux alternatifs, des lieux intérieurs, des lieux locaux ou globaux s’interpénètrent tenant du nouveau monde et de l’ancien sans que des chemins aisément discernables ne les fassent se rejoindre. Pour accéder à ces tiers lieux hybrides il convient d’emprunter des tiers chemins.

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